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11 novembre 2003
Grève générale nationale en République Dominicaine

La grève générale tant attendue a commencé ce matin dans tout le pays. C¹est la deuxième grève générale, après celle du 4 février, qui, peu suivie et peu enthousiaste, n¹avait rien donnée.
Cette fois-ci, vu la situation économique qui n¹a pas arrêté de se dégrader, la grève est suivie massivement : peu de magasins ouverts, peu de transports publiques. Les gens sont restés chez eux.
La Coordination des Organisations Populaires et Syndicales, qui a lancé la grève avec l¹appui de quelques partis d¹extrême gauche, réclame, en autres, la baisse des prix des aliments, des médicaments et des carburants, la hausse des salaires de 100%, la fin de coupures d¹électricité, le rejet des accords avec le FMI, la suspension du payement de la dette extérieure, 5% du budget de l¹Etat pour l¹Université Nationale.
Le calme plat qui s¹observe un peu partout dans le pays s¹explique par la politique répressive du gouvernement d¹Hipolito Mejia et de l¹Etat dominicain habituellement.
Depuis le week-end dernier, la Police et l¹Armée ont arrêté plus de 1000 personnes liées à la préparation de la grève. Sous le prétexte de recherche d¹armes, une vaste campagne a été lancée de fouilles de voitures et de maisons dans tout le pays. Beaucoup d¹armes blanches et d¹armes à feu ont été saisies, ainsi que des véhicules, mais rien de très grave dans un pays où le fait d¹avoir une arme est considéré comme un droit, un peu comme aux USA.
Hier soir, la Police est intervenue de manière musclée dans le local de la CONAMUCA (Confédération nationale des femmes paysannes), où se tenait les réunions de préparation de la grève. Quelques dirigeants ont été arrêtés : le président du parti Nouvelle Alternative, le dirigeant du FALPO (Front élargi de lutte populaire). Pendant ce temps, le dirigeant d¹une Fédération de transports (FENATRANO) que la Police a essayé d¹arrêter deux fois en débarquant chez lui, est en fuite. Du coup, cette Fédération de transports a appelé activement à la grève et l¹absence de bus de cette fédération ce matin a aidé grandement à avoir une ville morteŠ
Quand à l¹Université Nationale, elle est fermée !
L¹intimidation est encore montée d¹un cran quand la Police et l¹Armée ont annoncé que 27000 agents étaient réquisitionnés pour que le calme règneŠ D¹ailleurs ce matin, la capitale St Domingue s¹est réveillée en état de siège comme tout le reste du pays. L¹Armée et la Police déployées dans les rues avec armes et bagages. De nombreux véhicules militaires circulent surmontés de mitrailleuses. Les militaires étant en tenue camouflage, visages peints comme dans toute offensive militaire.
Donc, difficile dans ce cas de partir en manifestation ou d¹exprimer son mécontentement.
Malgré cela, dans certains quartiers populaires de la capitale et de certaines villes de province, ont eu lieu quelques affrontements. On déplore déjà un mort aujourd¹hui dans un quartier populaire de St Domingue (El Capotillo) atteint de plusieurs balles, qui s¹ajoute à une autre personne assassinée par un militaire lors d¹un contrôle dans la ville de Santiago le week-end dernier, quand a commencé l¹opération militaire de contrôle du pays en prévision de la grève générale.
Donc pour le moment, c¹est un calme plat tout relatifŠ
Mais le peuple dominicain n¹a pas dit son dernier mot.
Narb

Mercredi 12 novembre 2003
Lendemain de grève générale en République Dominicaine
La grève fut un véritable succès.
Cela faisait 20 ans que le pays n¹avait pas connu une paralysie de telle ampleur disent certains dominicain(e)s.
Mercredi matin, après 24 heures de grève et d¹affrontements divers, les choses retournaient à la normalitéŠ
La Coordination Nationale pour l¹Unité et la Lutte donne au gouvernement un mois pour répondre aux diverses demandes. Une rencontre des membres de la Coordination est prévue le 22 novembre pour définir les nouvelles actions contre le gouvernement.
Ce qui aura le plus marqué cette journée, c¹est la violence dont a fait preuve la Police et l¹Armée dans la répression contre les manifestant(e)s. Les chiffres sont éloquents : 7 morts par balles pour le seule journée de mardi, plusieurs dizaines de blessés (la plupart par balles), plusieurs centaines de personnes toujours détenues et qui seront soumises à la Justice. Certaines personnes sont déjà passées en comparution immédiate.
Evidemment les victimes se comptent parmi la population, à l¹exception d¹un jeune policier, circulant en civil à moto, tué par balles par des inconnus, et d¹un jeune militaire toujours en civil tué par un policier ! Difficile de lutter avec des pneus enflammés, des cocktails molotovs et des armes de fabrication artisanale contre des policiers et militaires armés jusqu¹aux dents et agissant comme s¹ils étaient en guerre. On signale encore des affrontements, au lendemain de la grève générale, entre policiers et manifestant(e)s dans le nord du pays (en particulier à Navarrete), où la population n¹a pas l¹intention de donner un répit au gouvernement, dixit le dirigeant local du FALPO. Encore une fois, une personne est tombée sous les balles : une ouvrière des zones franches qui se rendait à son travailŠ Donc, rien n¹est encore gagné et la population reste sur le pied de guerre. Affaire à suivreŠ
Narb
St Domingue.