SECTION HERACLITEENNE POUR LE MOUVEMENT, Nƒ 14
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"le lien que l'on ne voit pas
est plus fort que celui que l'on voit"
HÈraclite (VI Ëme sicËcle av. J.C.)

LE FEU SOUTERRAIN EST BEL ET BIEN LA

Nous savons tous que nous n'avons rien obtenu ou presque: que le personnel
politique et ses conseillers avaient prÈvu le leurre qui consiste ý faire
mine de reculer sur un point pour bien avancer sur l'ensemble de son projet.
Il faut affirmer en mÍme temps que ce qui s'est passÈ n'aurait pu avoir lieu
si la grËve reconductible n'avait pas ÈtÈ effective. "Ce qui s'est passÈ"
c'est les balades des grÈvistes pour faire dÈbrayer les autres, c'est des AG
(ce qui n'est dÈjý pas rien) mais des AG avec invitation et renvoi
d'ascenseur, c'est une dÈtermination y compris devant le canons ý eau, c'est
une prise de conscience dans la lutte mÍme, c'est aussi de vieux rÈflexes
retrouvÈs: ceux d'un fil historique tÈnu mais toujours lý.

Quand dans une ville comme Saint-Nazaire, il y a une manifestation de 20 000
sur une population comprenant 70 000 habitants on est en droit de penser que
l'onde de choc aura dans le futur de nÈcessaires rebondissements. Et c'est
bien de cela qu'il faut Ítre convaincu: le feu de la sÈdition couve et sa
portÈe est de longue durÈe. Bien sšr il faut se dÈpartir d'une vision
sportive de la lutte qui ne peut apprÈhender le jeu historique en cours: le
gagant n'est qu'un tigre de papier dont l'apparence se dissoudra tÙt ou tard
(du moins c'est une possiblitÈ objective!).

DES ACTIONS ISOLEES ET SPORADIQUES

Ce que redoute le plus le personnel politico-syndical est certainement  le
caractËre spontanÈ et sauvage des actions qui se maintiennent Áa et lý.
Ramener ý du dÈjý connu est la pente naturelle de tout dispositif Ètatiste:
face ý l'arme lourde des "opÈrations de communication" gouvernementales, il
est nÈcessaire de maintenir l'arme lÈgËre de la colËre gÈnÈreuse et
contagieuse: les rencontres appareillÈes par internet (ou pas) peuvent
encore se multiplier en marge des rÈseaux syndicaux sans pour autant ne pas
rentrer en rÈsonnace avec eux.

A noter qu'ý l'AssemblÈe GÈnÈrale d'‘le de France le mardi soir 17 juin ý
Jussieu, il y avait encore 300 personnes. La manifestation du mÍme jour
comprenait 3000 personnes. C'est faible bien sšr mais cela montre que rien
n'est terminÈ.

LE RAPPORT DE FORCE

Rien n'est terminÈ mais il faut se dÈsillusionnÈ sur "la rentrÈe chaude", le
"second round social": il sera trËs dur pour le secteur de l'Education de
repartir dËs septembre. De plus les spÈcialistes du mouvement n'ont que Áa ý
la bouche: suspendre tout en continuant est leur poÈsie particuliËre.
D'autres veulent jouer aussi aux professeurs du mouvement en portant ý la
connaissance vulgaire les dÈterminations europÈennes des rÈformes pour mieux
valoriser la nation et ses frontiËres.
Ce qui continue est ý long terme et en profondeur: rien ne sert d'envisager
l'opposition ý la rÈforme des retraites si l'on ne considËre pas dans le
mÍme mouvement la nouvelle gestion Ètatique de la sociÈtÈ. quand une grËve
des Èboueurs rend manifeste combien cette organisations sociale charrie de
dÈchets, pourquoi ne pas faire le lien avec les gains de productivitÈ dont
il est question dans les retraites? De mÍme, le bac n'a pas ÈtÈ bloquÈ. Et
alors? Le plus important n'est-il pas de s'interroger sur la sÈlection via
la note, l'examen, le concours?
Ces questions peuvent Èlucider la force que nous avons pu avoir pendant
mai-juin avec toutes ses contradictions.

ANALYSE ET AUTO-DISSOLUTION

En vue d'une luciditÈ, il est vain de crier ý la trahison des syndicats si
l'on veut analyser les limites du mouvement. De plus si le rÈsultat de ce
mouvement se rÈsumait ý cette proposition, ce serait bien  dÈcourageant: ý
quoi bon avoir fait ce qu'on a fait alors qu'on aurait pu se contenter de
cette proposition dËs le dÈbut. Non, il faut voir justement en quoi la
reprÈsentation des confÈdÈrations, fÈdÈrations et autres syndicats a
pleinement jouÈ son rÙle cogestionnaire tout en faisant partie intÈgrante du
mouvement. En quoi ce mouvement tombait au mauvais moment pour les
gestionnaires de gauche ou de droite?

Pourquoi GÈrad AschÈri (FSU) Ètait dans la manif' du 17 juin comme un
poisson dans l'eau alors qu'on n'a jamais pu le voir ý l'une des sesssions
de la coordination nationale, au profit de reprÈsentantes locales?

Bref, c'est ce genre de questionnement qu'il faut avoir maintenant.
Maintenant, oui mais il n'a jamais cessÈ de se poser tellement l'analyse est
agissante en plein coeur de toute intervention. L'analyse post-festum est
toujours plus facile mais jamais plus vÈridique. Laisser la place ý ce
moment du mouvement est le voeux de la section hÈraclitÈenne qui, pour cela
s'auto-dissout alors qu'elle avait au moins doublÈ ses effectifs depuis le
le dÈbut du mois de juin: ne pas se constituer en spÈcialiste de l'analyse
mais favoriser celle faite par tous!

Ce numÈro 14 est le dernier mais cette fin appel d'autres commencements...

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