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  OTTO RUHLE
 Paul Mattick
 

 

L'activitÈ d'Otto RUHLE dans le mouvement ouvrier allemand fut liÈe au travail de petites minoritÈs restreintes ý l'intÈrieur et ý l'extÈrieur des organisations ouvriËres officielles. Les groupes auxquels il a directement adhÈrÈ n'eurent ý aucun moment une importance vÈritable. Et mÍme ý l'intÈrieur de ces groupes il occupa une position spÈciale; il ne put jamais s'identifier complËtement ý aucune organisation. Il ne perdit jamais de vue les intÈrÍts gÈnÈraux de la classe ouvriËre quelle que soit la stratÈgie politique spÈciale qu'il ait soutenue un moment particulier.

Il ne pouvait pas considÈrer les organisations comme une fin en elles-mÍmes mais simplement comme moyens pour l'Ètablissement des relations sociales rÈelles et pour le dÈveloppement plus complet de l'individu. A cause de ses larges conceptions sur la vie, il fut par moments accusÈ d'apostasie, et pourtant il mourut comme il avait vÈcu. Socialiste dans le sens rÈel du mot.

Aujourd'hui, tout programme et toute dÈsignation ont perdu leur sens; les socialistes parlent un langage capitaliste, tous les capitalistes un langage socialiste, et tout le monde croit ý tout et ý rien. Cette situation est simplement l'aboutissement d'une longue Èvolution commencÈe par le mouvement ouvrier lui-mÍme. Il est maintenant tout ý fait clair que ce sont seulement ceux qui, dans le mouvement ouvrier traditionnel, ont fait opposition ý ses organisations non dÈmocratiques et ý leurs tactiques, qui peuvent s'appeler proprement socialistes. Les chefs ouvriers d'hier et d'aujourd'hui n'ont pas reprÈsentÈ et ne reprÈsentent pas un mouvement d'ouvriers, mais un mouvement capitaliste d'ouvriers. C'est de se tenir en dehors du mouvement ouvrier qui a donnÈ la possibilitÈ de travailler en vue de changements sociaux dÈcisifs. Le fait que, mÍme ý l'intÈrieur des organisations ouvriËres dominantes, Ruhle soit restÈ un indÈpendant est une preuve de sa sincÈritÈ et de son intÈgritÈ. Sa pensÈe toute entiËre fut cependant dÈterminÈe par le mouvement auquel il s'opposait et il est nÈcessaire d'en analyser les caractÈristiques pour comprendre l'homme lui-mÍme.

Le mouvement ouvrier officiel ne fonctionnait ni en accord avec son idÈologie primitive, ni en accord avec ses intÈrÍts immÈdiats rÈels. Pendant un certain temps, il servit d'instrument de domination pour les classes dirigeantes. Perdant d'abord son indÈpendance, il dut bientÙt perdre son existence mÍme. Les intÈrÍts investis en rÈgime capitaliste ne peuvent se maintenir que par l'accumulation du pouvoir. Le processus de concentration du capital et du pouvoir politique contraint tout mouvement socialement important ý tendre soit ý dÈtruire le capitalisme, soit ý le servir de faÁon consÈquente. L'ancien mouvement ouvrier ne pouvait pas rÈaliser ce dernier point et n'avait ni la volontÈ ni la capacitÈ de rÈaliser le premier. Contraint ý Ítre un monopole parmi les autres, il fut balayÈ par le dÈveloppement capitaliste dans le sens de la direction monopoliste des monopoles.

Dans son essence, l'histoire de l'ancien mouvement ouvrier est l'histoire du marchÈ capitaliste abordÈ d'un point de vue prolÈtarien . Ce qu'on appelle les lois du marchÈ devait Ítre utilisÈ en faveur de la marchandise. Les actions collectives devaient aboutir aux salaires les plus ÈlevÈs possibles. Le ''pouvoir Èconomique'' ainsi obtenu devait Ítre consolidÈ par voie de rÈforme sociale. Pour obtenir les plus hauts profits possibles, les capitalistes renforÁaient la direction organisÈe du marchÈ. Mais cette opposition entre le capital et le travail exprimait en mÍme temps une identitÈ d'intÈrÍts. L'un et l'autre entretenaient la rÈorganisation monopoliste de la sociÈtÈ capitaliste, quoique assurÈment, derriËre leurs activitÈs consciemment dirigÈes, il n'y eu finalement rien d'autre que le besoin d'expansion du capital mÍme. Leur politique et leurs aspirations quoique basÈes en grande partie sur de vÈritables motifs tenant compte de faits et de besoins particuliers, Ètaient cependant dÈterminÈes par le caractËre fÈtichiste de leur systËme de production.

Mis ý part le fÈtichisme de la marchandise, quelque signification que les lois du marchÈ puissent prendre par rapport ý des pertes ou ý des gains particuliers, et bien qu'elles puissent Ítre utilisÈes par tel ou tel groupement d'intÈrÍts, en aucun cas elles ne peuvent Ítre utilisÈes en faveur de la classe ouvriËre prise comme un tout. Ce n'est pas le marchÈ qui gouverne le peuple et dÈtermine les relations sociales rÈgnantes, mais plutÙt le fait qu'un groupe sÈparÈ, dans la sociÈtÈ, possËde ou dirige ý la fois les moyens de production et les instruments d'oppression Les conditions du marchÈ, quelles qu'elles soient, favorisent toujours le Capital. Et si elles ne le font pas, elles seront transformÈes, repoussÈes ou complÈtÈes par des forces plus directes, plus puissantes, plus fondamentales, qui sont inhÈrentes ý la propriÈtÈ ou ý la gestion des moyens de production.

Pour vaincre le capitalisme, l'action en dehors des rapports du marchÈ capital-travail est nÈcessaire, action qui en finit ý la fois avec le marchÈ et les rapports de classe. LimitÈ ý l'action ý l'intÈrieur de la structure capitaliste, l'ancien mouvement ouvrier menait la lutte dËs l'extrÍme dÈbut dans des conditions inÈgales. Il Ètait vouÈ ý se dÈtruire lui-mÍme ou ý Ítre dÈtruit de l'extÈrieur Il Ètait destinÈ ý Ítre brisÈ de l'intÈrieur par sa propre opposition rÈvolutionnaire qui donnerait naissance ý de nouvelles organisations, ou condamnÈ ý Ítre anÈanti par le passage capitaliste de l'Èconomie marchande ý l'Èconomie marchande dirigÈe, avec les changements politiques qui l'accompagnent. Dans le fait, ce fut cette seconde ÈventualitÈ qui se rÈalisa, car l'opposition rÈvolutionnaire ý l'intÈrieur du mouvement ouvrier ne rÈussit pas ý se dÈvelopper. Elle avait la parole mais pas la force et pas d'avenir immÈdiat, cependant que la classe ouvriËre venait de passer un demi-siËcle ý construire une forteresse ý son ennemi capitaliste et ý b’tir pour elle-mÍme une immense prison, sous la forme du mouvement ouvrier. C'est pourquoi il est nÈcessaire de mettre ý part des hommes comme Otto RUHLE pour dÈcrire l'opposition rÈvolutionnaire moderne, bien que le fait de distinguer des individus soit exactement ý l'opposÈ de son propre point de vue et ý l'opposÈ des besoins des ouvriers qui doivent apprendre ý penser en termes de classes plutÙt qu'en termes de personnalitÈs rÈvolutionnaires.

La premiËre guerre mondiale et la rÈaction positive du mouvement ouvrier devant le carnage ne surprit que ceux qui n'avaient pas compris la sociÈtÈ capitaliste et les succËs du mouvement ouvrier ý l'intÈrieur des limites de cette sociÈtÈ. Mais peu le comprirent vraiment. Tout comme 1'opposition d'avant-guerre ý l'intÈrieur du mouvement ouvrier peut Ítre mise en lumiËre en citant 1'oeuvre littÈraire et scientifique de quelques individus au nombre desquels il faut compter Ruhle, de mÍme "l'opposition ouvriËre" contre la guerre peut aussi s'exprimer par les noms de Liebknecht, Luxembourg Mehring, Ruhle et d'autres. Il est tout ý fait rÈvÈlateur que l'attitude opposÈe ý la guerre, pour Ítre si peu que ce soit efficace, dut d'abord se procurer une autorisation parlementaire. Elle dut Ítre mise en scËne sur les trÈteaux d'une institution bourgeoise, montrant ainsi ses limites dËs son premier commencement. En fait, elle ne servit que d'avant-coureur au mouvement bourgeois libÈral pour la paix qui aboutit en fin de compte ý mettre fin ý la guerre, sans bouleverser le statu-quo capitaliste. Si, dËs le dÈbut, la plupart des ouvriers Ètaient derriËre la majoritÈ belliciste, ils ne furent pas moins nombreux ý suivre l'action de leur bourgeoisie contre la guerre qui se termina dans la RÈpublique de Weimar. Les mots d'ordre contre la guerre, quoique lancÈs par les rÈvolutionnaires, firent simplement l'office d'une endigue particuliËre de la politique bourgeoise et finirent l'a o˜ ils Ètaient nÈs dans le parlement dÈmocratique bourgeois.

L'opposition vÈritable ý la guerre et ý l'impÈrialisme fit son apparition sous la forme des dÈsertions de l'armÈe et de 1'usine et dans la reconnaissance, lentement grandissante, de la part de beaucoup d'ouvriers, que leur lutte contre la guerre et l'exploitation devait englober la lutte contre l'ancien mouvement ouvrier et toutes ses conceptions. Cela parle en faveur de Ruhle que son nom disparut trËs vite du tableau d'honneur de l'opposition contre la guerre. Il est clair, naturellement, que Liebknecht et Luxembourg ne furent cÈlÈbrÈs au dÈbut de la seconde guerre mondiale que parce qu'ils moururent longtemps avant que le monde en guerre fut ramenÈ ý la "normale" et ešt besoin de hÈros ouvriers dÈfunts pour soutenir les chefs ouvriers vivants qui mettaient ý exÈcution une politique "rÈaliste" de rÈformes ou se mettaient au service de la politique ÈtrangËre de la Russie bolchevique.

La premiËre guerre mondiale rÈvÈla, plus que toute autre chose, que le mouvement Ètait une partie et une parcelle de la sociÈtÈ bourgeoise. Les diffÈrentes organisations de tous les pays prouvËrent qu'elles n'avaient ni l'intention ni les moyens de combattre le capitalisme, qu'elles ne s'intÈressaient qu'ý garantir leur propre existence ý l'intÈrieur de la structure capitaliste. En Allemagne ce fut particuliËrement Èvident parce que, ý l'intÈrieur du mouvement international, les organisations allemandes Ètaient les plus Ètendues et les plus unifiÈes. Pour ne pas renoncer ý ce qui avait ÈtÈ construit depuis les lois anti-socialistes de Bismarck, l'opposition minoritaire ý l'intÈrieur du parti socialiste fit preuve d'une contrainte volontaire sur elle-mÍme ý un point inconnu dans les autres pays. Mais alors, l'opposition russe exilÈe avait moins ý perdre, elle avait de plus rompu avec les rÈformistes et les partisans de la collaboration de classes, une dÈcade avant l'Èclatement de la guerre. Et il est trËs difficile de voir dans les douce’tres arguments pacifistes du Parti Travailliste IndÈpendant (I. L. P.) quelque opposition rÈelle au social-patriotisme qui a saturÈ le mouvement ouvrier anglais. Mais on attendait davantage de la gauche allemande que d'aucun autre groupe ý l'intÈrieur de l'Internationale, et son attitude ý l'Èclatement de la guerre fut de ce fait particuliËrement dÈcevante. Mises ý part les conditions psychologiques individuelles, cette attitude fut le. rÈsultat du fÈtichisme d'organisation qui rÈgnait dans ce mouvement.

Ce fÈtichisme exigeait la discipline et l'attachement strict aux formules dÈmocratiques, la minoritÈ devant se soumettre ý la volontÈ de la majoritÈ. Et bien qu'il soit Èvident que, dans les conditions du capitalisme, ces formules cachent simplement des faits tout opposÈs, l'opposition ne rÈussit pas ý saisir que la dÈmocratie intÈrieure du mouvement ouvrier n'Ètait pas diffÈrente de la dÈmocratie bourgeoise en gÈnÈral. Une minoritÈ possÈdait et dirigeait les organisations, tout comme la minoritÈ capitaliste possËde et dirige les moyens de production et l'appareil de l'Etat. Dans les deux cas, les minoritÈs, par la vertu de la direction, dÈterminent le comportement des majoritÈs. Mais, par la force des procÈdures traditionnelles, au nom de la discipline et de l'unitÈ, gÍnÈe et allant contre ce qu'elle savait le mieux, cette minoritÈ opposÈe ý la guerre soutint le chauvinisme social-dÈmocrate, Il n'y eut qu'un homme au Reichstag d'aošt 1914 - Fritz Kunert - qui ne fut pas capable de voter pour les crÈdits de guerre, mais qui ne fut pas capable non plus de voter contre eux ; et ainsi, pour satisfaire sa conscience, il s'abstint de voter l'un et l'autre. Au printemps 1915, Liebknecht et Ruhle furent les premiers ý voter contre le consentement des crÈdits de guerre au gouvernement. Ils restËrent seuls un bon moment et ne trouvËrent de nouveaux compagnons qu'au moment o˜ les chances d'une paix victorieuse disparurent du jeu d'Èchec militaire. AprËs 1916 l'attitude radicale contre la guerre fut soutenue et bientÙt engloutie par un mouvement bourgeois en quÍte d'une paix par nÈgociation mouvement qui, finalement, fut chargÈ d'hÈriter du fonds de faillite de l'impÈrialisme allemand.

En tant que violateurs de la discipline, Liebknecht et Ruhle furent expulsÈs du groupe social-dÈmocratique du Reichstag. Avec Rosa Luxembourg, Franz Mehring et d'autres, plus ou moins oubliÈs maintenant, ils organisËrent le groupe "Internationale" publiant une revue du mÍme nom pour exposer l'idÈe d'internationalisme dans le monde en guerre. En 1916, ils organisËrent le Spartakusbund qui collaborait avec d'autres formations de l'aile gauche, comme 1'"Internationalen Sozialiste" avec Julien Borchardt comme porte-parole, et le groupe formÈ autour de Johann Knief et du journal radical de BrÍme "Arbeiterpolitik". RÈtrospectivement il semble que ce dernier groupe Ètait le plus avancÈ, c'est-ý-dire le plus avancÈ dans son Èloignement des traditions social-dÈmocrates et par son orientation vers de nouvelles faÁons d'aborder la lutte de classes prolÈtarienne. A quel point le Spartakusbund Ètait encore attachÈ au fÈtichisme de l'organisation et de l'unitÈ, qui dominait le mouvement ouvrier allemand, cela fut mis en lumiËre par son attitude oscillante concernant les premiËres tentatives de donner une nouvelle orientation au mouvement socialiste international ý Zimmerwald et ý Kienthal. Les spartakistes n' Ètaient pas favorables ý une rupture nette avec le vieux mouvement ouvrier dans le sens de l'exemple plus prÈcoce donnÈ par les bolcheviks; Ils espÈraient encore amener le parti ý leur propre position, et Èviter soigneusement toute politique de rupture irrÈconciliable. En avril 1917, le Spartakusbund s'unit aux Socialistes IndÈpendants (Unabhangige Sozialdemokratische Partei Deutschlands) qui formaient le centre de l'ancien mouvement ouvrier mais qui ne voulaient plus couvrir le chauvinisme de l'aile majoritaire conservatrice du parti social-dÈmocrate Relativement indÈpendant, quoique encore ý l'intÈrieur du Parti Socialiste IndÈpendant, le SpartakusBund ne quitta cette organisation qu'ý la fin de l'annÈe A l'intÈrieur du SpartakusBund, Otto Ruhle partagea la position de Liebknecht et Rosa Luxembourg, qui avaient ÈtÈ attaquÈe par les bolcheviks comme non consÈquente. Et elle n'Ètait inconsÈquente que pour des raisons appropriÈes. Au premier regard, la principale semblait basÈe sur l'illusion que le parti social-dÈmocrate pouvait Ítre rÈformÈ Avec le changement de circonstances, espÈrait-on, les masses cesseraient de suivre leurs chefs conservateurs pour soutenir l'aile gauche du parti. Et bien que de telles illusions aient existÈ vraiment, d'abord au sujet du vieux parti et plus tard au sujet des socialistes indÈpendants, elles n'expliquent pas l'hÈsitation de la part des chefs spartakistes ý s'engager dans les voies du bolchevisme. En rÈalitÈ, les spartakistes se trouvaient devant un dilemme quelque fšt la direction de leurs regards. En n'essayant pas au bon moment de rompre rÈsolument avec la social-dÈmocratie, ils avaient manquÈ l'occasion de constituer une forte organisation capable de jouer un rÙle dÈcisif dans les soulËvements sociaux attendus. Cependant, en considÈrant la situation rÈelle en Allemagne, en considÈrant l'histoire du mouvement ouvrier allemand, il Ètait trËs difficile de croire ý la possibilitÈ de former rapidement un contre-parti opposÈ aux organisations ouvriËres dominantes. Naturellement il aurait ÈtÈ possible de former un parti ý la faÁon de LÈnine, un parti de rÈvolutionnaires professionnels ayant pour but d'usurper le pouvoir, Si c'Ètait nÈcessaire, contre la majoritÈ de la classe ouvriËre. Mais c'Ètait ý quoi, prÈcisÈment, les gens autour de Rosa Luxembourg n'aspiraient pas. A travers les annÈes de leur opposition au rÈformisme et au rÈvisionnisme, ils n'avaient jamais raccourci la distance qui les sÈparait de la "gauche" russe, de la conception de LÈnine de l'organisation et de la RÈvolution. Au cours de vives controverses, Rosa Luxembourg avait indiquÈ clairement le fait que les conceptions de LÈnine Ètaient de nature jacobine et inapplicables en Europe occidentale o˜ ce n'Ètait pas une rÈvolution bourgeoise qui Ètait ý 1'ordre du jour mais une rÈvolution prolÈtarienne. Quoiqu'elle aussi parl’t de la dictature du prolÈtariat, cette dictature signifiait pour elle, ce qui la distinguait de LÈnine, "la maniËre d'appliquer la dÈmocratie - non pas son abolition - devant Ítre 1' úuvre de la classe, et non celui d'une petite minoritÈ au nom de la classe". De faÁon aussi enthousiaste que Liebknecht, Luxembourg et Ruhle ont saluÈ le renversement du tsarisme, ils n'abandonnËrent pas pour cela leur attitude critique, ils n'oubliËrent ni le caractËre du parti bolchevique, ni les limites historiques de la RÈvolution Russe. Mais en dehors des rÈalitÈs immÈdiates et du rÈsultat final de cette rÈvolution, il fallait la soutenir comme premiËre rupture dans la phalange impÈrialiste, et comme signe avant-coureur de la rÈvolution allemande attendue. De cette derniËre, beaucoup de signes Ètaient apparus dans des grËves, des Èmeutes de la faim, des mutineries et toutes sortes de faits de rÈsistance passive. Mais l'opposition grandissante contre la guerre et la dictature de Ludendorff ne trouvait aucune expression organisationnelle qui atteignit une extension considÈrable. Au lieu d'Èvoluer vers la gauche, les masses suivaient leurs vieilles organisations et s'alignaient sur la bourgeoisie libÈrale. Les soulËvements dans la Marine Allemande et enfin la rÈvolte de Novembre furent menÈs dans l'esprit de la social-dÈmocratie, c'est-ý-dire dans l'esprit de la bourgeoisie allemande vaincue.

La rÈvolution allemande semble de plus de portÈe qu'elle n'en avait rÈellement. L'enthousiasme spontanÈ des ouvriers tendait bien plus ý finir la guerre qu'ý changer les relations sociales existantes. Leurs revendications exprimÈes dans les conseils d'ouvriers et de soldats ne dÈpassaient pas les possibilitÈs de la sociÈtÈ bourgeoise. MÍme la minoritÈ rÈvolutionnaire, et ici particuliËrement le SpartakusBund, ne rÈussit pas ý dÈvelopper un programme rÈvolutionnaire cohÈrent. Ses revendications politiques et Èconomiques Ètaient de nature double elles Ètaient Ètablies pour un double usage comme revendications destinÈes ý Ítre acceptÈes par la bourgeoisie et ses alliÈs sociaux-dÈmocrates, et comme mots d'ordre d'une rÈvolution qui devait en finir avec la sociÈtÈ bourgeoise et ses dÈfenseurs.

Naturellement, au sein de l'ocÈan de mÈdiocritÈ que fut la rÈvolution allemande, il y eut des courants rÈvolutionnaires qui rÈchauffËrent le cúur des radicaux et les amenËrent a s'engager dans des entreprises historiquement tout ý fait dÈplacÈes. Des succËs partiels, dus ý la stupÈfaction momentanÈe des classes dominantes et ý la passivitÈ gÈnÈrale des grandes masses, ÈpuisÈes qu'elles Ètaient par quatre annÈes de famine et de guerre, nourrissaient 1'espoir que la rÈvolution pourrait se terminer par une sociÈtÈ socialiste. Seulement, personne ne savait rÈellement ý quoi ressemblait la sociÈtÈ socialiste et quels pas restaient ý franchir pour l'amener ý 1' existence. "Tout le pouvoir aux conseils ouvriers et de soldats", Quoique attirant, comme mot d'ordre, cela laissait cependant toutes les questions essentielles ouvertes. Ainsi, les luttes rÈvolutionnaires qui suivirent novembre 1918 ne furent pas dÈterminÈes par les plans consciemment fabriquÈs de la minoritÈ rÈvolutionnaire, mais lui furent imposÈes par la contre-rÈvolution qui se dÈveloppait lentement et qui s'appuyait sur la majoritÈ du peuple. Le fait est que les larges masses allemandes, ý l'intÈrieur et ý 1' extÈrieur du mouvement ouvrier, ne regardaient pas en avant vers l'Ètablissement d'une nouvelle sociÈtÈ mais en arriËre vers la restauration du capitalisme libÈral, sans ses mauvais aspects, ses inÈgalitÈs politiques, sans son militarisme et son impÈrialisme. Elles dÈsiraient simplement qu'on complËte les rÈformes commencÈes avant la guerre, destinÈes ý un systËme capitaliste bienveillant.

L'ambiguÔtÈ qui caractÈrisait la politique du Spartakusbund fut en grande partie le rÈsultat du conservatisme des masses. Les chefs spartakistes Ètaient prÍts d'un cÙtÈ ý suivre la ligne nettement rÈvolutionnaire que dÈsiraient les prÈtendus "ultra-gauches", et de l'autre cÙtÈ ils restaient sur qu'une telle politique ne pouvait avoir aucun succËs Ètant donnÈ l'attitude prÈdominante des masses et la situation internationale

L'effet de la rÈvolution russe sur l'Allemagne avait ÈtÈ ý peine perceptible. Il n'y avait pas non plus de raisons d'espÈrer qu un tournant radical en Allemagne puisse avoir aucune rÈpercussion supÈrieure en France, en Angleterre et en AmÈrique. S'il avait ÈtÈ difficile pour les AlliÈs d'intervenir en Russie de faÁon dÈcisive, ils rencontreraient des difficultÈs moins grandes pour Ècraser un mouvement communiste allemand. Au sortir des victoires militaires, le capitalisme de ces nations s'Ètait considÈrablement renforcÈ; rien n'indiquait rÈellement que leurs masses patriotes refuseraient de combattre une Allemagne rÈvolutionnaire plus faible. En tous cas, mises ý part des considÈrations de cet ordre, il y avait peu de raisons de croire que les masses allemandes occupÈes ý se dÈbarrasser de leurs armes, reprendraient la guerre contre un capitalisme Ètranger pour se dÈbarrasser du leur. La politique qui Ètait apparemment la plus "rÈaliste" vis-ý-vis de la situation internationale, et que devaient proposer bientÙt Wolfheim et Lauffenberg, sous le nom de NationalBolchevisme, Ètait encore non rÈaliste, Ètant donnÈ le rapport de force rÈel d'aprËs-guerre. Le plan de reprendre la guerre avec l'aide de la Russie contre le capitalisme des AlliÈs ne tenait pas compte du fait que les Bolcheviks n'Ètaient ni prÍts ý participer ý une telle aventure, ni capables de le faire. Naturellement les bolcheviks n'Ètaient pas opposÈs ý l'Allemagne, ni ý aucune autre nation crÈant des difficultÈs aux impÈrialistes victorieux ; cependant, ils n'encourageaient pas l'idÈe d'une nouvelle guerre ý large Èchelle pour propager la "rÈvolution mondiale". Ils dÈsiraient du soutien pour leur propre rÈgime dont le maintien Ètait encore en question pour les bolcheviks eux-mÍmes, mais ils ne s'intÈressaient pas au soutien des rÈvolutions dans les autres pays par des moyens militaires. Suivre un cours nationaliste, en dÈpendant de la question des alliances, d'une part, et, en mÍme temps unifier l'Allemagne, une fois de plus pour une guerre de "libÈration" de l'oppression ÈtrangËre Ètait hors de question la raison en est que les couches sociales, que les "nationaux-rÈvolutionnaires" devaient gagner ý leur cause Ètaient prÈcisÈment les gens qui mettaient fin ý la guerre avant la dÈfaite complËte des armÈes allemandes pour prÈvenir l'extension du "bolchevisme". Incapables de devenir les maÓtres du capitalisme international, ils avaient prÈfÈrÈ se maintenir comme ses meilleurs serviteurs. Cependant il n'y avait pas moyen de traiter les questions allemandes intÈrieures sans y impliquer une politique extÈrieure dÈfinie. La rÈvolution allemande radicale Ètait ainsi battue avant mÍme de pouvoir survenir, battue par son capitalisme propre et le capitalisme mondial.

Le besoin de considÈrer sÈrieusement les rapports internationaux ne vint jamais ý la Gauche allemande. Ce fut, peut-Ítre, la plus nette indication de son peu d'importance. La question de savoir que faire du pouvoir politique une fois conquis ne fut pas non plus concrËtement soulevÈe. Personne ne semblait croire que ces questions auraient ý recevoir une rÈponse. Liebknecht et Luxembourg Ètaient surs qu'une longue pÈriode de lutte de classes se dressait devant le prolÈtariat allemand sans aucun signe de victoire rapide. Ils voulaient en tirer le meilleur parti et prÈconisaient le retour au travail parlementaire et syndical. Cependant dans leurs activitÈs antÈrieures, ils avaient dÈjý outrepassÈ les frontiËres de la politique bourgeoise; ils ne pouvaient plus retourner qu'aux prisons de la tradition. Ils avaient ralliÈ autour d'eux 1'ÈlÈment le plus radical du prolÈtariat allemand qui Ètait rÈsolu maintenant, ý considÈrer tout combat comme la lutte finale contre le capitalisme. Ces ouvriers considÈraient la rÈvolution russe en rapport avec leurs propres besoins et leur propre mentalitÈ ; ils se souciaient moins des difficultÈs dissimulÈes dans l'avenir que de dÈtruire le plus possible des forces du passÈ. Il n'y avait que deux voies ouvertes aux rÈvolutionnaires, ou bien tomber avec les forces dont la cause Ètait perdue d'avance, ou bien retourner au troupeau de la dÈmocratie bourgeoise et accomplir le travail social au service des classes dominantes. Pour le vrai rÈvolutionnaire, il n'y avait Èvidemment qu'une seule voie : tomber avec les ouvriers combattants. C'est pourquoi EugËne Levine parlait des rÈvolutionnaires comme d'une personne morte en congÈ", et c'est pourquoi Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht allËrent ý la mort presque comme des somnambules. C'est par pur accident qu'Otto Ruhle et beaucoup d'autres de la Gauche rÈsolue restËrent vivants.

Le fait que la bourgeoisie internationale put terminer sa guerre sans rien de plus que la perte temporaire de l'affaire russe dÈtermina l'histoire entiËre de l'aprËs-guerre dans sa chute vers la seconde guerre mondiale. RÈtrospectivement, les luttes du prolÈtariat allemand de 1919 ý 1923 apparaissent comme des frictions secondaires qui accompagnËrent le processus de rÈorganisation capitaliste qui suivit la crise de la guerre. Mais il y a toujours eu une tendance ý considÈrer les sous-produits des changements violents dans la structure capitaliste comme des expressions de la volontÈ rÈvolutionnaire du prolÈtariat. Les optimistes radicaux toutefois sifflaient simplement dans la nuit. La nuit est une rÈalitÈ assurÈment et le bruit est encourageant, mais cependant ý cette heure tardive, il est inutile de prendre cela trop au sÈrieux. Aussi impressionnante soit l'histoire d'Otto Ruhle en tant que rÈvolutionnaire pratique, aussi exaltant que soit de rappeler les journÈes d'action prolÈtariennes, ý Dresde, en Saxe, en Allemagne - meetings, manifestations, grËves, combats de rues, discussions ardentes, les espoirs, les craintes, les dÈceptions, l'amertume de la dÈfaite et les souffrances de la prison et de la mort - cependant, on ne peut tirer que des leÁons nÈgatives de toutes ces tentatives. Toute l'Ènergie et tout l'enthousiasme ne furent pas suffisants pour opÈrer un changement social ou pour modifier la mentalitÈ contemporaine. La leÁon retirÈe portait sur ce qu'il ne fallait pas faire. Comment rÈaliser les besoins rÈvolutionnaires du prolÈtariat ? On ne l'avait pas dÈcouvert.

Les soulËvements propices ý l'Èmotion fournissaient un excitant jamais ÈpuisÈ ý la recherche. La rÈvolution qui pendant si longtemps avait ÈtÈ une simple thÈorie et un vague espoir Ètait apparue un moment comme une possibilitÈ pratique. On avait manquÈ l'occasion, sans doute, mais la chance reviendrait qu'on utiliserait mieux une autre fois. Si les gens n'Ètaient pas rÈvolutionnaires, du moins "l'Èpoque" l'Ètait, et les conditions de crise qui rÈgnaient rÈvolutionneraient tÙt ou tard l'esprit des ouvriers. Si le feu des escouades de la police social-dÈmocrate avait mis fin ý la lutte. Si l'initiative des ouvriers Ètait une fois de plus dÈtruite par l'Èmasculation de leurs conseils au moyen de la lÈgalisation. Si leurs chefs agissaient de nouveau non pas avec la classe mais "pour le bien de la classe" dans les diffÈrentes organisations capitalistes, la guerre avait rÈvÈlÈ que les contradictions fondamentales du capitalisme Ètaient insolubles et l'Ètat de crise Ètait l'Ètat "normal" du capitalisme. De nouvelles actions rÈvolutionnaires Ètaient probables et trouveraient les rÈvolutionnaires mieux prÈparÈs.

Quoique les rÈvolutions d'Allemagne, d'Autriche et de Hongrie aient ÈchouÈ, il y avait encore la rÈvolution russe pour rappeler au monde la rÈalitÈ des buts prolÈtariens Toutes les discussions tournaient autour de cette rÈvolution, et ý bon droit, car cette rÈvolution devait dÈterminer le cours futur de la Gauche allemande. En dÈcembre 1919, se forma le Parti Communiste Allemand. AprËs l'assassinat de Liebknecht et de Luxembourg, il fut conduit par Paul Levy et Karl Radek. Cette nouvelle direction fut immÈdiatement attaquÈe par une opposition de gauche ý l'intÈrieur du parti - opposition ý laquelle appartenait Ruhle - ý cause de la tendance de la direction ý dÈfendre le retour ý l'activitÈ parlementaire. A la fondation du Parti, ses ÈlÈments radicaux avaient rÈussi ý lui donner un caractËre anti-parlementaire et une direction largement dÈmocratique, ce qui le distinguait du type lÈniniste d'organisation. Une politique anti-syndicale avait ÈtÈ aussi adoptÈe. Liebknecht et Luxembourg subordonnËrent leurs propres divergences aux vues de la majoritÈ radicale. Mais pas Levy et Radek. DÈjý, pendant l'ÈtÈ de 1919, ils firent comprendre qu'ils scissionneraient du parti pour participer aux Èlections parlementaires. simultanÈment, ils entreprirent une propagande pour retour au travail syndical, en dÈpit du fait que le parti Ètait engagÈ dans la formation de nouvelles organisations non plus basÈes sur les mÈtiers ou mÍme les industries, mais sur les usines. Ces organisations d'usines Ètaient coalisÈes en une seule organisation de classe : l'Union GÈnÈrale du Travail (¬llgemeine Arbeiter Union Deutschlands). Au CongrËs d'Heidelberg en octobre 1919, tous les dÈlÈguÈs qui Ètaient en dÈsaccord avec le nouveau ComitÈ Central et maintenaient la position prise ý la fondation du parti communiste furent expulsÈs. Au mois de fÈvrier suivant, le ComitÈ Central dÈcida de se dÈbarrasser de tous les secteurs ("districts") dirigÈs par l'opposition de gauche. L'opposition avait le bureau d'Amsterdam de l'Internationale Communiste de son cÙtÈ, ce qui amena la dissolution de ce bureau par l'Internationale afin de soutenir le bloc Levy-Radek. Et finalement en avril 1920, l'aile gauche fonda le Parti Ouvrier Communiste (Kommunistischs Arbeiter Partei Deutschlands). Pendant toute cette pÈriode, Otto Ruhle Ètait du cÙtÈ de l'opposition de gauche.

Le Parti Ouvrier Communiste ne se rendait pas compte jusqu'alors du fait que sa lutte contre les groupes entourant Radek et Levy Ètait la reprise de la vieille lutte de la Gauche allemande contre le bolchevisme, et dans un sens plus large contre la nouvelle structure du capitalisme mondial qui prenait forme lentement. On dÈcida d'entrer dans 1' Internationale Communiste.

Le Parti Ouvrier Communiste semblait Ítre plus bolchevik que les bolcheviks. De tous les groupes rÈvolutionnaires, par exemple c'Ètait celui qui insistait le plus pour l'aide directe aux bolcheviks pendant la guerre russo-polonaise. Mais l'Internationale Communiste n'avait pas besoin de prendre une nouvelle dÈcision contre les "ultra-gauches". Ses chefs avaient pris leurs dÈcisions vingt ans auparavant. NÈanmoins, le ComitÈ ExÈcutif de 1'Internationale Communiste essaya encore de garder le contact avec le K. A. P. D., non pas seulement parce qu'il contenait encore la majoritÈ de l'ancien Parti Communiste, mais parce qu'aussi bien Levy que Radek, quoiqu'exÈcutant le travail des bolcheviks en Allemagne, avaient ÈtÈ les plus proches disciples non de LÈnine, mais de Rosa Luxembourg. Au second CongrËs mondial de la TroisiËme Internationale en 1920, les bolcheviks russes Ètaient dÈjý en Ètat de dicter la politique de l'Internationale. Otto Ruhle, assistant au CongrËs, reconnut l'impossibilitÈ de modifier cet Ètat de choses et la nÈcessitÈ immÈdiate de combattre l'Internationale bolchevique dans l'intÈrÍt de la rÈvolution prolÈtarienne.

Le Parti Ouvrier Communiste envoya une nouvelle dÈlÈgation ý Moscou qui ne put revenir qu'avec les mÍmes rÈsultats. Tout cela fut rÈsumÈ dans la "Lettre ouverte Ë LÈnine" de Hermann Gorter, qui rÈpondait au "Communisme de gauche, maladie infantile de LÈnine. L'action de la TroisiËme Internationale contre les "ultra-gauches" Ètait la premiËre tentative ouverte pour faire obstacle ý toutes les diffÈrentes sections nationales et pour les diriger. La pression exercÈe sur le Parti Ouvrier Communiste pour le retour au parlementarisme et au syndicalisme s'accrut sans cesse, mais le Parti Ouvrier Communiste se retira de l'Internationale aprËs son troisiËme CongrËs.

Au second CongrËs mondial, les chefs bolcheviks pour s'assurer la direction de l'Internationale, proposËrent vingt et une conditions d'admission ý Internationale Communiste. Puisqu'ils dirigeaient le CongrËs, ils n'eurent aucune difficultÈ ý faire adopter ces conditions. Sur ce, la lutte sur des questions d'organisation qui vingt ans auparavant avaient provoquÈ des controverses entre Luxembourg et LÈnine, fut ouvertement reprise. DerriËre les questions organisationnelles dÈbattues, il y avait naturellement des diffÈrences fondamentales entre la rÈvolution bolchevique et les besoins du prolÈtariat occidental.

Pour Otto Ruhle, ces vingt et une conditions suffirent ý dÈtruire ses derniËres illusions sur le rÈgime bolchevik. Ces conditions assuraient ý 1' exÈcutif de l'Internationale, c'est-ý-dire aux chefs du parti russe, un contrÙle complet et une autoritÈ totale sur toutes les sections nationales. De l'avis de LÈnine, il n'Ètait pas possible de rÈaliser la dictature ý une Èchelle internationale "sans un parti strictement centralisÈ, disciplinÈ, capable de conduire et de gÈrer chaque branche, chaque sphËre, chaque variÈtÈ du travail politique et culturel". Il parut d'abord ý Ruhle que derriËre l'attitude dictatoriale de LÈnine, il y avait simplement l'arrogance du vainqueur essayant d'imposer au monde les mÈthodes de combat et le type d'organisation qui avaient apportÈ le pouvoir aux bolcheviks. Cette attitude, qui insistait pour qu'on applique l'expÈrience russe ý l'Europe occidentale o˜ dominaient des conditions entiËrement diffÈrentes apparaissait comme une erreur, une faute politique, un manque de comprÈhension des particularitÈs du capitalisme occidental et le rÈsultat du souci fanatiquement exclusif qu'avait LÈnine des problËmes russes. La politique de LÈnine semblait Ítre dÈterminÈe par l'arriÈration du dÈveloppement capitaliste russe, et bien qu'il fallšt le combattre dans l'Europe occidentale puisqu'il tendait ý soutenir la restauration capitaliste, on ne pouvait pas l'appeler une force carrÈment contre-rÈvolutionnaire. Cette attitude bienveillante ý l'Ègard de la rÈvolution bolchevique devait Ítre bientÙt anÈantie par l'activitÈ ultÈrieure des bolcheviks eux-mÍmes.

Les bolcheviks allËrent de petites "fautes" a des "fautes" toujours plus graves. Bien que le parti communiste allemand affiliÈ ý la TroisiËme Internationale grandisse rÈguliËrement particuliËrement aprËs son unification avec les socialistes indÈpendants, la classe prolÈtarienne dÈjý sur la dÈfensive, abandonna une position aprËs l'autre aux forces de la rÈaction capitaliste. Dans sa concurrence avec le parti social-dÈmocrate qui reprÈsentait des fractions de la classe moyenne et de l'aristocratie ouvriËre dite syndicale, le Parti Communiste ne pouvait pas manquer de grandir ý mesure que se paupÈrisaient ces couches sociales dans la dÈpression permanente o˜ se trouvait le capitalisme allemand lui-mÍme. Avec l'accroissement rÈgulier du chÙmage, le mÈcontentement vis-ý-vis du statu quo et de ses dÈfenseurs les plus dÈvouÈs, les sociaux-dÈmocrates allemands, s'accrut aussi.

On ne rendit populaire que le cÙtÈ hÈroÔque de la RÈvolution Russe ; le vrai caractËre quotidien du rÈgime bolchevique fut dissimulÈ ý la fois par ses amis et ses ennemis. Car, ý cette Èpoque, le capitalisme d'Etat qui se dÈveloppait en Russie Ètait encore aussi Ètranger ý la bourgeoisie endoctrinÈe par l'idÈologie du "laissez-faire" que lui Ètait Ètranger le socialisme proprement dit. Et la plupart des socialistes concevaient le socialisme comme une sorte de direction par l'Etat de l'industrie et des ressources naturelles, la rÈvolution russe devint un mythe puissant et habilement entretenu acceptÈ par les couches appauvries du prolÈtariat allemand en compensation de leur misËre croissante, le mÍme mythe fut ÈtoffÈ par les rÈactionnaires pour accroÓtre la haine de leurs suiveurs contre les ouvriers allemands et toutes les tendances rÈvolutionnaires en gÈnÈral.

Contre ce mythe, contre l'appareil puissant propagande de l'Internationale Communiste qui amplifiait ce mythe, propagande accompagnÈe et soutenue par un assaut gÈnÈral du capital contre le travail dans le monde entier, contre tout cela la raison ne pouvait pas l'emporter. Tous les groupes radicaux ý la gauche du Parti Communiste alliËrent la stagnation ý la dÈsagrÈgation. Cela n'empÍchait pas que ces groupes aient la ligne politique "juste" le Parti Communiste une ligne "fausse", car aucune question de stratÈgie rÈvolutionnaire n'Ètait impliquÈe en cela. Ce qui avait lieu, c'Ètait que le capitalisme mondial traversait un processus de stagnation et se dÈbarrassait des ÈlÈments prolÈtariens perturbateurs qui, dans les conditions de crise de la guerre et de 1 'effondrement militaire, avaient essayÈ de s'imposer politiquement.

La Russie qui, de toutes les nations, Ètait celle qui avait le plus grand besoin de se stabiliser, fut le premier pays ý dÈtruire son mouvement ouvrier au moyen de la dictature du parti bolchevik. Dans les conditions de l'impÈrialisme, la stabilisation intÈrieure n'est possible que par une politique extÈrieure de puissance. Le caractËre de la politique extÈrieure de la Russie sous les bolcheviks fut dÈterminÈ d'aprËs les particularitÈs de la situation europÈenne d'aprËs guerre. L'impÈrialisme moderne ne se contente plus de s'imposer simplement au moyen d'une pression militaire et d'une action militaire effective. La "cinquiËme colonne" est l'arme reconnue de toutes les nations. Cependant, la vertu impÈrialiste d'aujourd'hui Ètait encore une nÈcessitÈ absolue pour les bolcheviks qui essayaient de tenir bon dans un monde de luttes impÈrialistes. Il n'y avait rien de contradictoire dans la politique bolchevique qui consistait ý enlever tout le pouvoir aux ouvriers russes et ý essayer en mÍme temps de construire de fortes organisations ouvriËres dans les autres pays. PrÈcisÈment, c'est dans la mesure o˜ ces organisations ouvriËres devaient Ítre souples afin de plier aux besoins politiques changeants de la Russie que leur direction par en haut devait Ítre rigide.

Naturellement, les bolcheviks ne considÈraient pas les diffÈrentes sections de l'internationale comme de simples lÈgions ÈtrangËres au service de la ''patrie des ouvriers"; ils croyaient que ce qui aidait la Russie devait aussi servir le progrËs ailleurs. Ils croyaient avec juste raison que la rÈvolution russe avait ÈtÈ le dÈbut d'un mouvement gÈnÈral ý l'Èchelle mondiale du capitalisme de monopole au capitalisme d'Etat, et considÈraient que ce nouvel Ètat de choses Ètait un progrËs dans le sens du Socialisme. Autrement dit, sinon dans leur tactique, du moins dans leur thÈorie, ils Ètaient encore sociaux-dÈmocrates et de leur point de vue les chefs sociaux-dÈmocrates Ètaient des traÓtres ý leur propre cause quand ils avaient aidÈ ý maintenir le capitalisme du "laisser faire" d'hier. Contre la social-dÈmocratie ils se sentaient de vrais rÈvolutionnaires, contre les ''ultra-gauches'' ils se sentaient des rÈalistes, les vrais reprÈsentants du socialisme scientifique.

Mais ce qu'ils pensaient d'eux mÍme et ce qu ils Ètaient rÈellement sont choses diffÈrentes. Dans la mesure o˜ ils continuaient ý mÈconnaÓtre leur mission historique, ils provoquaient continuellement la dÈfaite de leur propre cause; dans la mesure o˜ ils Ètaient obligÈs de s'Èlever au niveau des besoins objectifs de " leur rÈvolution", ils devenaient la force contre-rÈvolutionnaire la plus importante du capitalisme moderne. En se battant comme de vÈritables sociaux-dÈmocrates, pour la prÈpondÈrance dans le mouvement socialiste mondial, en identifiant les intÈrÍts nationalistes Ètroits de la Russie capitaliste d'Etat avec les intÈrÍts du prolÈtariat mondial, et en essayant de se maintenir ý tout prix sur les positions du pouvoir qu'ils avaient conquis en 1917, ils prÈparaient simplement leur propre chute, qui se transforma en drame dans de nombreuses luttes de factions, atteignit son point culminant aux procËs de Moscou, aboutit ý la Russie stalinienne d'aujourd'hui - une nation impÈrialiste parmi les autres.

Etant donnÈ ce dÈveloppement, ce qui Ètait plus important que la critique implacable que fit Ruhle de la politique rÈelle des bolcheviks en Allemagne et dans le monde en gÈnÈral, c'Ètait sa reconnaissance rapide de l'importance historique rÈelle du mouvement bolchevique, c'est ý dire de la social-dÈmocratie militante. Ce qu'un mouvement conservateur social-dÈmocrate Ètait capable de faire et de ne pas faire, les partis d'Allemagne, de France et d'Angleterre ne l'avaient rÈvÈlÈ que trop clairement. Les bolcheviks montrËrent ce qu'ils auraient fait s'ils avaient ÈtÈ encore un mouvement subversif. Ils auraient essayÈ d'organiser le capitalisme inorganisÈ et de remplacer les entrepreneurs individuels par des bureaucrates. Ils n'avaient pas d'autres plans et mÍme ceux-ci n'Ètaient que des extensions du processus de cartellisation, de trustification et de centralisation qui se poursuivait ý travers le monde capitaliste tout entier. En Europe occidentale, cependant, les partis socialistes ne purent plus agir de faÁon bolchevique, car leur bourgeoisie Ètait dÈjý en train d'Ètablir cette sorte de "socialisation" de son plein grÈ. Tout ce que les socialistes pouvaient faire, c'Ètait de leur prÍter la main, c 'est-ý-dire pour passer lentement ý la sociÈtÈ socialiste naissante.

Le sens du bolchevisme ne se rÈvÈla pleinement qu'avec la naissance du fascisme. Pour combattre ce dernier, il Ètait nÈcessaire, selon le mot de Ruhle, de comprendre que "la lutte contre le fascisme commenÁait avec la lutte contre le bolchevisme". A la lumiËre des ÈvÈnements prÈsents, les groupes "ultra-gauches" en Allemagne et en Hollande doivent Ítre considÈrÈs comme les premiËres organisations anti-fascistes, anticipant dans leur lutte contre les partis communistes le besoin futur de la classe ouvriËre de combattre la forme fasciste du capitalisme. Les premiers thÈoriciens de l'anti-fascisme doivent se trouver parmi les porte-paroles des sectes radicales: Gorter et Pannekoek en Hollande, Ruhle, Broch et Fraenkel en Allemagne, et on doit les considÈrer comme tels en raison de leur lutte contre la conception de la domination du parti et de la direction par l'Etat, en raison de leurs tentatives de rÈaliser les idÈes du mouvement des conseils favorables ý l'autodÈtermination directe de son destin, et en raison de leur soutien de la lutte de la gauche allemande ý la fois contre la sociale-dÈmocratie et sa branche lÈniniste.

Peu de temps avant sa mort, Ruhle rÈsumant ses dÈcouvertes au sujet du bolchevisme, n'hÈsitait pas ý placer la Russie au premier rang des Etats totalitaires Elle a servi de modËle aux autres dictatures capitalistes. Les divergences idÈologiques ne diffÈrencient pas vÈritablement des systËmes socio-Èconomiques. L'abolition de la propriÈtÈ privÈe des moyens de production combinÈe avec la gestion par les ouvriers des produits de leur travail et la fin du systËme "des salaires", ces deux conditions il est vrai, ne sont pas remplies en Russie, pas plus que dans les Etats fascistes.

Pour Èclairer le caractËre fasciste du systËme russe, Ruhle revient une fois de plus au "Communisme de gauche, maladie infantile" de LÈnine, car "de toutes les dÈclarations programmatiques du bolchevisme elle est la plus rÈvÈlatrice de son caractËre rÈel". Quand en 1933, Hitler supprime toute la littÈrature socialiste en Allemagne, raconte Ruhle, la publication et la diffusion de la brochure de LÈnine fut autorisÈe. Dans ce travail, LÈnine insiste sur le fait que le parti doit Ítre une sorte d'acadÈmie de guerre de rÈvolutionnaires professionnels. Ses principales exigences Ètaient les suivantes: autoritÈ inconditionnelle du chef, centralisme rigide, discipline de fer, conformisme, combativitÈ et sacrifice de la personnalitÈ aux intÈrÍts du parti. Et LÈnine dÈveloppa vÈritablement une Èlite d'intellectuels, un centre qui, une fois jetÈ dans la rÈvolution, devait se saisir de la direction et de s'arroger le pouvoir. "Il est inutile, disait Ruhle, d'essayer de dÈterminer logiquement et abstraitement si cette espËce de prÈparation ý la rÈvolution est juste ou fausse. Il y a d'autres question ý poser d'abord:

Quelle sorte de rÈvolution se prÈparait ? Et quel Ètait le but de cette rÈvolution ?" Il rÈpondait en montrant que le parti de LÈnine travaillait dans les cadres de la rÈvolution bourgeoise en retard en Russie pour renverser le rÈgime fÈodal du tsarisme. Ce qu'on peut considÈrer comme une solution des problËmes rÈvolutionnaires dans une rÈvolution bourgeoise ne peut pas cependant en mÍme temps Ítre considÈrÈ comme une solution pour la rÈvolution prolÈtarienne Les diffÈrences structurelles dÈcisives entre la sociÈtÈ capitaliste et la sociÈtÈ socialiste excluent une attitude pareille. Selon la mÈthode rÈvolutionnaire de LÈnine, les chefs paraissent Ítre la tÍte des masses. "Cette distinction entre tÍte et corps", souligne Ruhle, "entre les intellectuels et les ouvriers, officiers et simples soldats, correspond ý la dualitÈ de la sociÈtÈ de classes. Une classe est dressÈe ý commander, l'autre ý Ítre commandÈe. L'organisation de LÈnine n'est qu'une rÈplique de la sociÈtÈ bourgeoise. Sa rÈvolution est objectivement dÈterminÈe par les forces crÈant un ordre social comportant les rapports de classes en question, sans Ègard aux buts subjectifs qui accompagnent ce processus".

A coup sšr, quiconque dÈsire un ordre bourgeois trouvera dans le divorce entre le chef et les masses, entre l'avant garde et la classe ouvriËre, la prÈparation stratÈgique juste de la rÈvolution. Aspirant ý diriger la rÈvolution bourgeoise en Russie, le parti de LÈnine Ètait hautement appropriÈ. Mais quand la rÈvolution russe montra sa physionomie prolÈtarienne, les mÈthodes tactiques et stratÈgiques de LÈnine perdirent leur valeur. Son succËs est dš non ý son avant-garde, mais au mouvement des Soviets qui n'avait pas le moins du monde ÈtÈ inclus dans ses plans rÈvolutionnaires. Et quand LÈnine, aprËs que la rÈvolution victorieuse eut ÈtÈ faite par les soviets, se dispensa de ce mouvement, tout ce qui avait ÈtÈ prolÈtarien dans la rÈvolution, il s'en dispensa du mÍme coup. Le caractËre bourgeois de la rÈvolution se montra de nouveau activement et trouva en fin de compte son accomplissement "naturel" dans le stalinisme.

"LÈnine, a dit Ruhle, pensait selon des normes rigides, mÈcaniques, en dÈpit de tout souci de la dialectique marxienne. Il n'y avait qu'un parti pour lui, le sien; qu'une rÈvolution: la rÈvolution russe; qu'une mÈthode: la mÈthode bolchevique. "L'application monotone d'une formule une fois dÈcouverte s'enfermait dans un cercle Ègocentrique que ne troublait ni le moment et les circonstances, ni les degrÈs de dÈveloppement, ni les niveaux culturels, ni les idÈes, ni les hommes. Avec LÈnine s'Èclaire d'une lumiËre vive la rËgle de l'Ëre machiniste dans la politique; c'Ètait le ''technicien'', l'inventeur" de la rÈvolution. Toutes les caractÈristiques fondamentales du fascisme Ètaient dans sa doctrine, sa stratÈgie, sa "planification sociale" et son art de traiter les hommes. Il n'ý jamais appris ý connaÓtre les conditions fondamentales de la libÈration des ouvriers, il ne s'est jamais souciÈ de la fausse conscience des masses et de leur auto-aliÈnation humaine. Tout le problËme pour lui n'Ètait rien de plus ou de moins qu'un problËme de pouvoir.

Le bolchevisme, en tant que reprÈsentant une politique militante de pouvoir, ne diffËre pas des formes bourgeoises traditionnelles de domination. Le gouvernement sert d'exemple essentiel d'organisation. Le bolchevisme est une dictature, une doctrine nationaliste, un systËme autoritaire avec une structure sociale capitaliste. La planification a trait ý des questions techniques organisationnelles, non ý des questions socio-Èconomiques. Il n'est rÈvolutionnaire qu'ý l'intÈrieur de la charpente du dÈveloppement capitaliste, Ètablissant non le socialisme, mais le capitalisme d'Etat. Il reprÈsente l'Ètape actuelle du capitalisme, et non pas le premier pas vers une sociÈtÈ nouvelle.

Les soviets russes et les conseils d'ouvriers et de soldats allemands reprÈsentaient l'ÈlÈment prolÈtarien dans les deux rÈvolutions russe et allemande. Dans les deux pays les mouvement furent rÈprimÈs par des moyens militaires et judiciaires. Ce qui restait des soviets russes aprËs la solide fortification de la dictature du parti bolchevik, ce fut simplement la version russe du front du travail ultÈrieur nazi. Le mouvement de conseils allemands lÈgalisÈ se change en appendice des syndicats et bientÙt en instrument de gouvernement capitaliste. MÍme les conseils formÈs spontanÈment en 1918 Ètaient en majoritÈ bien loin d'Ítre rÈvolutionnaires. Leur forme d'organisation, basÈe sur des besoins de classe et non sur les intÈrÍts spÈciaux diffÈrents rÈsultant de la division capitaliste du travail, Ètaient tout ce qu'il y avait en eux de radical. Mais quelles que soient leurs dÈfaillances, il faut dire qu'il n'y avait pas autre chose sur quoi baser les espoirs rÈvolutionnaires. Quoiqu'ils se soient frÈquemment tournÈs vers la Gauche, on espÈrait toutefois que les besoins objectifs de ce mouvement le mettraient inÈvitablement en conflit avec les pouvoirs traditionnels. Cette forme d'organisation devait Ítre prÈservÈe dans son caractËre original et dÈveloppÈe pour prÈparer les luttes ý venir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Se plaÁant sur le terrain de la continuation de la rÈvolution allemande, 1' "ultra-gauche" fut engagÈe dans un combat ý mort contre les syndicats et contre les partis parlementaires existants, en un mot contre toutes les formes d'opportunisme et de compromis. Se plaÁant sur le terrain de la coexistence probable cÙte ý cÙte avec les puissances capitalistes, les bolcheviks russes ne pouvaient pas envisager une politique sans compromis. Les arguments de LÈnine pour la dÈfense de la position bolchevique relativement aux syndicats, au parlementarisme et ý l'opportunisme en gÈnÈral Èrigeraient les besoins particuliers du bolchevisme en faux principes rÈvolutionnaires. Cependant, cela ne faisait pas voir le caractËre illogiques des arguments bolcheviques, car aussi illogiques que fussent ces arguments d'un point de vue rÈvolutionnaire, ils dÈcoulaient logiquement du rÙle particulier des bolcheviks dans les limites de l'Èmancipation .capitaliste russe et de la politique bolchevique internationale qui soutenait les intÈrÍts nationaux de la Russie.

Que les principes de LÈnine fussent faux d'un point de vue prolÈtarien, ý la fois en Russie et en Europe occidentale, Otto Ruhle le dÈmontra dans diverses brochures et nombreux articles parus dans la presse de l'Union GÈnÈrale du Travail, et dans la revue de gauche de Franz Pfempfert, "Die Aktion". Il expliqua la fourberie opportune impliquÈe dans 1' apparence logique donnÈe ý ces principes, fourberie qui consistait ý donner comme exemple une expÈrience spÈciale, ý une pÈriode donnÈe, dans des circonstances particuliËres, pour en tirer des conclusion ý appliquer immÈdiatement et en gÈnÈral. Parce que les syndicats avaient eu une certaine valeur ý un moment donnÈ, parce qu a un moment donnÈ le parlement avait servi aux besoins de la propagande rÈvolutionnaire, parce que, occasionnellement, l'opportunisme avait eu pour rÈsultat certains bÈnÈfices pour les ouvriers, ils restaient pour LÈnine les moyens les plus importants de la politique prolÈtarienne en tout temps et en toutes circonstances. Et comme Si tout cela ne devait pas convaincre l'adversaire, LÈnine arrivait ý mettre en Èvidence que, soit que ces vues politiques et ces organisations soient les bonnes ou non, toutefois c'Ètait un fait que les ouvriers y adhÈraient et que les rÈvolutionnaires doivent toujours Ítre o˜ sont les masses.

Cette stratÈgie dÈcoulait de la faÁon capitaliste. de LÈnine d'aborder la politique. Il ne parut jamais lui venir ý l'esprit que les masses Ètaient Ègalement dans les usines et que les organisations rÈvolutionnaires d'usine ne pouvaient pas perdre contact avec les masses, mÍme si elles essayaient. Il ne semblait jamais lui venir a l'esprit qu'avec la mÍme logique qui servait ý maintenir les rÈvolutionnaires dans les organisations rÈactionnaires, il pouvait rÈclamer leur prÈsence ý l'Èglise, dans les organisations fascistes, et partout o˜ pouvaient se trouver les masses. Cette derniËre attitude, il l'aurait certainement envisagÈe si le besoin Ètait apparu de s'unifier avec les forces de la rÈaction comme cela arriva plus tard, sous le rÈgime staliniste.

Il paraissait clair ý LÈnine que les organisations de conseils Ètaient les moins adaptÈes aux buts du bolchevisme. Non seulement il n'y avait qu'une petite place dans ces organisations d'usine pour les rÈvolutionnaires professionnels mais de plus, l'expÈrience russe avait montrÈ combien il Ètait difficile de "mener" un mouvement de soviets. En tout cas, les bolcheviks n'avaient pas l'intention d'attendre l'occasion favorable ý une intervention rÈvolutionnaire dans le processus politique, ils Ètaient activement engagÈs dans la politique quotidienne et intÈressÈs aux rÈsultats immÈdiats en leur faveur. Pour influencer le mouvement ouvrier occidental avec l'intention finalement d'en prendre la direction, il Ètait de loin plus facile pour eux d'y entrer et de s'entendre avec les organisations existantes. Dans les luttes de rivalitÈ engagÈes entre ces organisations et dans leur sein, ils voyaient une chance de gagner rapidement un point d'appui. B’tir des organisations entiËrement nouvelles, s'opposer ý toutes celles qui existaient, Á'aurait ÈtÈ une tentative qui ne pouvait avoir que des rÈsultats tardifs si elle en avait eu. Au pouvoir en Russie, les bolcheviks ne pouvaient plus se permettre une politique ý perspective longue ; pour maintenir leur pouvoir, ils devaient suivre toutes les avenues politiques, pas seulement les avenues rÈvolutionnaires. Il faut bien dire cependant que, en dehors de la nÈcessitÈ o˜ ils Ètaient d'agir ainsi, les bolcheviks Ètaient plus que volontaires pour prendre part aux nombreux jeux politiques qui accompagnent le processus d'exploitation capitaliste. Pour Ítre capables d'y prendre part, ils avaient besoin des syndicats, des parlements, des partis et aussi des soutiens capitalistes qui faisaient de l'opportunisme ý la fois une nÈcessitÈ et un plaisir.

Il n'est plus nÈcessaire de mettre en Èvidence les nombreux "mÈfaits" du bolchevisme en Allemagne et dans le monde en gÈnÈral. Dans la thÈorie et dans la pratique le rÈgime staliniste s'affirma lui-mÍme une puissance capitaliste et impÈrialiste, s'opposant non seulement ý la rÈvolution prolÈtarienne, mais mÍme aux rÈformes fascistes du capitalisme. Et il favorise en rÈalitÈ le maintien de la dÈmocratie bourgeoise pour utiliser plus pleinement sa propre structure fasciste. De mÍme que l'Allemagne avait trËs peu d'intÈrÍt ý Ètendre le fascisme au-delý de ses frontiËres et de celles de ses alliÈs puisqu'elle n'avait pas l'intention de renforcer ses rivaux impÈrialistes, de mÍme la Russie s'intÈresse ý sauvegarder la dÈmocratie partout sauf sur son propre territoire. Son amitiÈ avec la dÈmocratie bourgeoise est une vÈritable amitiÈ ; le fascisme n'est pas un article d'exportation, car il cesse d'Ítre un avantage dËs qu'il est gÈnÈralisÈ. En dÈpit du pacte Staline-Hitler, il n y a pas de plus grands "anti-fascistes" que les bolcheviks, pour le bien de leur propre fascisme indigËne. Ce n'est qu'aussi loin que s'Ètendra leur impÈrialisme, s'il s'Ètend, qu'ils se rendront coupables de soutenir consciemment la tendance fasciste gÈnÈrale.

Cette tendance fasciste gÈnÈrale n'a pas sa souche dans le bolchevisme mais le comprend en elle. Elle a sa souche dans les lois particuliËres de dÈveloppement de l'Èconomie capitaliste. Si la Russie devient en fin de compte un membre "dÈcent" de la famille capitaliste des nations les"indÈcences" de sa jeunesse fasciste seront ý tort prises de certains cÙtÈs pour un passÈ rÈvolutionnaire. L'opposition contre le stalinisme, toutefois ý moins qu'elle ne comporte l'opposition au lÈninisme et au bolchevisme de 1917, n'est pas une opposition mais tout au plus une querelle entre rivaux politiques aussi longtemps que le mythe du bolchevisme est encore dÈfendu en opposition ý la rÈalitÈ staliniste. L'úuvre de Ruhle, pour montrer que le stalinisme d'aujourd'hui est simplement le lÈninisme d'hier, garde encore une valeur d'actualitÈ, d'autant plus qu'il peut avoir des tentatives de reprendre le passÈ bolchevique dans les soulËvements sociaux de l'avenir.

L'histoire entiËre du bolchevisme pouvait Ítre prÈvue par Ruhle et le mouvement "ultra-gauche" ý cause de leur reconnaissance prÈcoce du contenu rÈel du vieux mouvement social-dÈmocrate. AprËs 1920 toutes les activitÈs du bolchevisme ne pouvait que nuire aux ouvriers du monde. Aucune action commune avec ces diffÈrentes organisations n'Ètait plus possible et aucune ne fut tentÈe.

En commun avec les groupes "ultra-gauche" de Dresde, Francfort- sur le Main et d'autres endroits, Otto Ruhle fit un pas au-delý de l'anti-bolchevisme du Parti Ouvrier Communiste et de ses adhÈrents de l'Union OuvriËre du Travail. Il pensait que l'histoire des partis sociaux-dÈmocrates et les pratiques du parti bolchevik prouvaient suffisamment qu'il Ètait sans effet d'essayer de remplacer les partis rÈactionnaires par des partis rÈvolutionnaires, pour cette raison que la forme de l'organisation en parti elle-mÍme Ètait devenue inutile et mÍme dangereuse. DËs 1920 il proclame que "la rÈvolution n'est pas une affaire de parti" mais exige la destruction de tous les partis en faveur d'un mouvement de conseils. Travaillant surtout dans l'Union OuvriËre GÈnÈrale, il fit de l'agitation contre l'exigence d'un parti politique spÈcial jusqu'ý ce que cette organisation se scinde en deux. Une section (Allgemeine Arbeiter Union Einheits Organization) partageait les vues de Ruhle l'autre subsista comme "organisation Èconomique" du Parti Communiste. L'organisation reprÈsentÈe par Ruhle pencha vers le syndicalisme et les mouvements anarchistes, sans renoncer cependant ý sa Weltauschaung marxienne. L'autre se considÈrait comme l'hÈritiËre de tout ce qu'il y avait eu de rÈvolutionnaire dans le mouvement marxiste du passÈ. Elle essaya de mettre sur pied une QuatriËme Internationale mais ne rÈussit qu'a rÈaliser une coopÈration plus Ètroite avec des groupes similaires d'un petit nombre de pays europÈens.

Selon l'opinion de Ruhle, une rÈvolution prolÈtarienne n'Ètait possible qu'avec la participation consciente et active de larges masses prolÈtariennes. Ceci de nouveau prÈsupposait une forme d'organisation qui ne put pas Ítre gouvernÈe d'en haut, mais fut dÈterminÈe par la volontÈ de ses membres. L'organisation d'usine et la structure de l'Union GÈnÈrale du Travail prÈviendraient, pensait-il, un divorce entre les intÈrÍts d'organisation et les intÈrÍts de classe; cela prÈviendrait la naissance d'une puissante bureaucratie servie par l'organisation au lieu de la servir. Cela prÈparait en fin de compte, les ouvriers ý s'emparer des industries et ý les gÈrer en accord avec leurs propres besoins et ainsi prÈviendrait-on l'Èrection d'un nouvel Ètat d'exploitation.

Le Parti Ouvrier Communiste se rallia ý ses idÈes gÈnÈrales et ses organisations d'usine Ètaient de celles qui Ètaient d'accord avec Ruhle Mais le parti maintenait que ý ce niveau de dÈveloppement, l'organisation d'usine ý elle seule ne pouvait garantir une politique rÈvolutionnaire clairement dÈlimitÈe. Toutes espËces de gens voudraient entrer dans ces organisations; il n' y aurait aucune mÈthode de sÈlection convenable, et des ouvriers sans culture politique dÈtermineraient le caractËre des organisations qui ainsi ne seraient pas capables de se mettre au niveau des exigences rÈvolutionnaires du jour. Ce point fut dÈmontrÈ par le caractËre relativement arriÈrÈ du mouvement des Conseils de 1918. Le Parti Ouvrier Communiste soutenait que les rÈvolutionnaires formÈs au marxisme et ý la conscience de classe, quoique appartenant ý des organisations d'usine, devraient Ítre en mÍme temps rÈunis dans un parti ý part pour sauvegarder et dÈvelopper la thÈorie rÈvolutionnaire et, pour ainsi dire surveiller les organisations d'usine pour les empÍcher de sortir du droit chemin

Le Parti Ouvrier Communiste vit dans la position de Ruhle une espËce de dÈception cherchant refuge dans une nouvelle forme d'utopisme. Il soutint que Ruhle gÈnÈralisait simplement l'expÈrience des vieux partis et il insista sur le fait que le caractËre rÈvolutionnaire de l'organisation du Parti Ouvrier Communiste Ètait le rÈsultat de sa propre force de Parti. Il rejetait les principes centralistes de LÈnine, mais il insistait pour garder le parti restreint afin qu'il soit affranchi de tout opportunisme.

Il y avait d'autres arguments pour soutenir l'idÈe d'un parti. Certains se rÈfÈraient ý des problËmes internationaux, d'autres se rapportaient ý des questions d'illÈgalitÈ, mais tous les arguments ne rÈussirent pas ý convaincre Ruhle et ses partisans. Ils voyaient dans le parti la perpÈtuation du principe des chefs et des masses, la contradiction entre le parti et la classe, et craignaient une reproduction du bolchevisme dans la Gauche allemande.

Aucun des deux groupes ne put vÈrifier sa thÈorie. L'histoire les dÈpassa tous les deux, ils argumentaient dans le vide. Ni le Parti Ouvrier Communiste, ni les deux Unions OuvriËres GÈnÈrales ne dÈpassËrent leur situation de sectes "ultra-gauches". Leurs problËmes intÈrieurs devinrent tout ý fait artificiels, car il n'y avait pas en fait de diffÈrence entre le Parti Ouvrier Communiste et l'Union OuvriËre GÈnÈrale. MalgrÈ leurs thÈories, les partisans de Ruhle n'exercËrent pas leurs fonctions dans les usines. Les deux unions s'abandonnËrent aux mÍmes activitÈs. A partir de lý toutes leurs divergences thÈoriques n'eurent aucun sens pratique.

Ces organisations-dÈbris des tentatives prolÈtariennes de jouer un rÙle dans les ÈvÈnements de 1918 essayËrent d'appliquer leurs expÈriences au sein d'un dÈveloppement qui s'orientait de faÁon consÈquente dans le sens opposÈ ý celui o˜ ces expÈriences avaient pris naissance rÈellement. Le Parti Communiste seul par la vertu de sa direction russe, put grandir au sein de cette tendance vers le fascisme. Mais parce qu'il reprÈsentait le fascisme russe, non le fascisme allemand, lui aussi dut succomber devant le mouvement nazi naissant qui ayant reconnu et acceptÈ les tendances capitalistes dominantes, hÈrita finalement du vieux mouvement ouvrier allemand dans sa totalitÈ.

AprËs 1923, le mouvement "ultra-gauche" cessa d'Ítre un facteur politique sÈrieux dans le mouvement ouvrier allemand. Sa derniËre tentative pour forcer le cours du dÈveloppement dans sa direction fut dissipÈe dans la brËve phase d'activitÈ

En Mars 1921 sous la conduite populaire de Max Hoelz. les militants les plus actifs contraints ý l'illÈgalitÈ introduisirent des mÈthodes de conspiration et d'expropriation dans le mouvement, h’tant par lý sa dÈsintÈgration. Bien qu'organisationnellement les groupes "ultra-gauche" aient continuÈ ý exister jusqu'au dÈbut de la dictature hitlÈrienne, leur activitÈ fut rÈduite ý celle de clubs de discussion essayant de comprendre leurs propres Èchecs et ceux de la rÈvolution allemande.

Le dÈclin du mouvement "ultra-gauche", les changements en Russie et dans la composition des partis bolcheviks, la montÈe du fascisme en Italie et en Allemagne rÈtablissent les rapports d'autrefois entre l'Èconomie et la politique qui avaient ÈtÈ troublÈs pendant et un peu aprËs la premiËre guerre mondiale. Dans le monde entier, le capitalisme Ètait suffisamment stabilisÈ pour dÈterminer l'orientation politique gÈnÈrale. Le fascisme et le bolchevisme, produits des conditions de crise, furent comme la crise elle-mÍme, Ègalement les moyens d'une nouvelle prospÈritÈ, d'une nouvelle expansion du capital et de la reprise des luttes impÈrialistes de concurrence. Mais tout comme n'importe quelle grande crise paraÓt Ítre la crise finale ý ceux qui souffrent le plus, de mÍme des transformations politiques qui l'accompagnËrent apparurent comme des expressions du fiasco du capitalisme. Mais l'immense intervalle entre l'apparence et la rÈalitÈ transforme tÙt ou tard un optimisme exagÈrÈ en un pessimisme exagÈrÈ au sujet des possibilitÈs rÈvolutionnaires. Alors deux voies restent ainsi ouvertes pour le rÈvolutionnaire il peut capituler devant les processus politiques prÈdominants, ou il peut se retirer dans une vie contemplative et attendre le retournement des ÈvËnements

Jusqu'ý l'Ècroulement final du mouvement ouvrier allemand, la retraite des "ultra- gauches" parut Ítre un retour au travail thÈorique. Les organisations existaient sous forme de publications hebdomadaires et mensuelles, brochures et livres. Les publications protÈgeaient les organisations, les organisations protÈgeaient les publications. Tandis que les organisations de masses servaient de petites minoritÈs capitalistes, la masse des ouvriers Ètait reprÈsentÈe par quelques individus. Les contradictions entre les thÈories des "ultra-gauches" et la situation existante devinrent insupportables. Plus on pensait en termes de collectivitÈ, plus isolÈ on devenait. Le capitalisme sous sa forme fasciste, paraissait le seul collectivisme rÈel; l'anti-fascisme, comme un retour ý un individualisme bourgeois primitif. La mÈdiocritÈ de l'homme dans le capitalisme, et par consÈquent du rÈvolutionnaire placÈ dans les conditions du capitalisme, devint douloureusement Èvidente dans les petites organisations stagnantes. De plus en plus de gens, partant des prÈmices que les "conditions objectives" de la rÈvolution Ètaient mšres, expliquaient l'absence de rÈvolution au moyen de "facteurs subjectifs" tel que le manque de conscience de classe et le manque de comprÈhension et de caractËre de la part des ouvriers. Ces carences elles mÍmes, cependant, devaient ý leur tour s'expliquer par des "conditions objectives" car les dÈfaillances du prolÈtariat Ètaient sans aucun doute la consÈquence de sa position spÈciale au sein des rapports sociaux du capitalisme. La nÈcessitÈ de restreindre l'activitÈ au travail d'Èducation devint une vertu dÈvelopper la conscience de classe des ouvriers fut considÈrÈ comme la plus essentielle de toutes les taches rÈvolutionnaires. Mais la vieille croyance social-dÈmocrate que "savoir c'est pouvoir" n'Ètait plus convaincante, car il n'y a pas de connexion directe entre le savoir et son application.

L'Èchec du capitalisme du ''laissez-faire" et la direction centraliste croissante de masses toujours plus larges ý travers la production capitaliste et la guerre accrurent l'intÈrÍt intellectuel pour les domaines de la psychologie et de la sociologie nÈgligÈs auparavant. Ces branches de la "science" bourgeoise servirent ý expliquer le dÈsarroi de cette partie de la bourgeoisie exclue du jeu par des rivaux plus puissants et de cette partie de la petite bourgeoisie rÈduite au niveau d'existence prolÈtarien pendant la dÈpression. A ses premiËres Ètapes, le processus capitaliste de concentration de la richesse et du pouvoir s'Ètait accompagnÈ de la croissance absolue des couches bourgeoises de la sociÈtÈ. AprËs la guerre, la situation changea, la dÈpression europÈenne frappa ý la fois la bourgeoisie et le prolÈtariat et dÈtruisit de faÁon gÈnÈrale la confiance dans le systËme et les individus eux-mÍmes. La psychologie et la sociologie, cependant, furent non seulement l'expression du dÈsarroi et de l'insÈcuritÈ de la bourgeoisie mais elles servirent en mÍme temps le besoin d'une dÈtermination plus directe qu'il n'a ÈtÈ nÈcessaire dans les conditions d'une centralisation moindre. Ceux qui avaient perdu le pouvoir dans les luttes politiques qui accompagnËrent la concentration du capital aussi bien que ceux qui gagnËrent le pouvoir proposËrent une explication psychologique et sociologique de leur Èchecs ou de leurs succËs complets. Ce qui Ètait pour l'un le "viol des masses" Ètait pour l'autre une vue nouvellement acquise - qu'il fallait systÈmatiquement incorporer ý la science de l'exploitation et du gouvernement - au sujet de la nature intime des processus sociaux.

Dans la division capitaliste du travail, le maintien et l'extension des idÈologies dominantes est la besogne des couches intellectuelles de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie. Cette division du travail est naturellement dÈterminÈe plus par les conditions de classe existantes que par les besoins de production de la sociÈtÈ complexe. Ce que nous savons, nous le savons au moyen d'une production capitaliste de connaissance. Mais comme il n'y en a pas d'autre, la faÁon prolÈtarienne d'aborder tout ce qui est produit par la science et la pseudo-science bourgeoise, doit toujours Ítre critique. Faire servir cette connaissance ý d'autres buts que les buts capitalistes revient ý la nettoyer de tous ses ÈlÈments composants en rapport avec la structure de classe capitaliste. Il serait aussi faux qu'impossible de rejeter en gros tout ce qui est produit par la science bourgeoise. Cependant on ne peut l'aborder qu'avec scepticisme. La critique prolÈtarienne - compte tenu de nouveau de la division capitaliste du travail - est tout ý fait limitÈe. Elle n'a de rÈelle importance que sur les points o˜ la science bourgeoise traite des rapports sociaux. Sur ce point, ses thÈories peuvent Ítre vÈrifiÈes dans leur validitÈ et leur signification pour les diffÈrentes classes et pour la sociÈtÈ dans son ensemble. C'est l'a qu'apparaÓt, alors, avec la vogue de la psychologie et de la sociologie, le besoin d'examiner les nouvelles dÈcouvertes dans ces domaines du point de vue critique des classes opprimÈes.

Il Ètait inÈvitable que la vogue de la psychologie pÈnËtre dans le mouvement ouvrier. Mais la ruine complËte de ce mouvement se rÈvÈla une fois de plus dans ses tentatives d'utiliser les nouvelles thÈories de la psychologie et de la sociologie bourgeoise pour un examen critique de ses propres thÈories au lieu d'utiliser la thÈorie marxiste pour critiquer la nouvelle pseudo-science bourgeoise. DerriËre cette attitude se cachait une mÈfiance croissante ý l'Ègard du marxisme due aux Èchecs des rÈvolutions allemande et russe. DerriËre ce fait aussi, il y avait l'incapacitÈ de dÈpasser Marx dans un sens marxiste; incapacitÈ clairement mise en lumiËre par le fait que tout ce qui paraissait nouveau dans la sociologie bourgeoise Ètait empruntÈ ý Marx en premier lieu. Malheureusement de notre point de vue, Otto Ruhle fut un des premiers ý revÍtir les idÈes les plus populaires de Marx du nouveau langage de la psychologie et de la sociologie bourgeoise. Dans ses mains, la conception matÈrialiste de l'histoire devÓnt alors de la ''sociologie'' pour autant qu'elle se rapportait ý la sociÈtÈ ; pour autant qu'elle se rapportait ý l'individu, c'Ètait de la "psychologie". Les principes de cette thÈorie devaient servir ý la fois ý l'analyse de la sociÈtÈ et ý 1'analyse des complexitÈs psychologiques des individus de la sociÈtÈ, Dans sa biographie de Marx, Ruhle applique sa nouvelle conception psychosociologique du marxisme qui ne pouvait aider qu'ý soutenir la tendance ý incorporer un marxisme ÈmasculÈ dans l'idÈologie capitaliste. Cette sorte de "matÈrialisme historique" qui cherchait les raisons des "complexes d'infÈrioritÈ et de supÈrioritÈ" dans les domaines sans fin de la biologie, de l'anthropologie, de la sociologie, de l'Èconomie et ainsi de suite afin de dÈcouvrir une espËce "d'Èquilibre des forces des complexes au moyen des compensations qui put Ítre considÈrÈ comme l'adaptation correcte entre l'individu et la sociÈtÈ - cette sorte de marxisme n'Ètait capable de servir ý aucun des besoins pratiques des ouvriers, et ne pouvait pas non plus aider ý leur Èducation. Cette partie de l'activitÈ de Ruhle, qu'on l'apprÈcie nÈgativement ou positivement, avait peu de chose a faire, si elle avait quelque chose ý faire, avec les problËmes qui assaillent le prolÈtariat allemand. Il n'est pas de ce fait nÈcessaire de traiter ici de l'úuvre psychologique de Ruhle. Nous en faisons mention, nÈanmoins, pour la raison double qu'elle peut servir d'exemple supplÈmentaire du dÈsespoir gÈnÈral du rÈvolutionnaire dans la pÈriode de contre-rÈvolution et que c'est une manifestation de plus de la sincÈritÈ de ce rÈvolutionnaire, Ruhle, dans les conditions mÍmes du dÈsespoir. Car, dans cette phase de son activitÈ littÈraire, comme dans toute autre touchant des questions pÈdagogico-psychologiques, historico-culturelles ou Èconomico-politiques, il s'ÈlËve aussi contre les conditions inhumaines du capitalisme, contre des formes nouvelles possibles d'esclavage physique et mental, pour une sociÈtÈ qui convienne ý une humanitÈ libre.

Le triomphe du fascisme allemand termina la longue pÈriode de dÈcouragement rÈvolutionnaire, de dÈsillusion, de dÈsespoir. Tout redevient alors trËs clair; l'avenir immÈdiat se profile dans toute sa brutalitÈ. Le mouvement ouvrier prouve pour la derniËre fois que la critique que les rÈvolutionnaires avaient dirigÈe contre lui Ètait plus que justifiÈe. Le combat des "ultra-gauches" contre le mouvement ouvrier officiel montra qu'il avait ÈtÈ la seule lutte consÈquente contre le capitalisme qui ait ÈtÈ engagÈe aussi loin.

Le triomphe du fascisme allemand, qui n'Ètait pas un phÈnomËne isolÈ mais Ètait en Ètroite liaison avec le dÈveloppement antÈrieur de la totalitÈ du monde capitaliste, ne causa pas l'engagement d'un nouveau conflit mondial des puissances impÈrialistes mais n'en fut qu'un simple auxiliaire. Les jours de 1914 Ètaient revenus. Mais pas pour l'Allemagne. Les chefs ouvriers allemands Ètaient privÈs de "l'Èmouvante Èpreuve" de se dÈclarer une fois de plus les enfants les plus authentiques de la patrie. Organiser la guerre signifiait instituer le totalitarisme et revenait ý Èliminer beaucoup d'intÈrÍts particuliers. Dans les conditions de la RÈpublique de Weimar et ý l'intÈrieur de la charpente de l'impÈrialisme mondial, cela n'Ètait possible que par la voie des luttes intÈrieures. La "rÈsistance" du mouvement ouvrier allemand au fascisme, qui n'Ètait pas de plein cúur en premier lieu, ne doit pas toutefois Ítre prise pour une rÈsistance ý la guerre. Dans le cas de la social-dÈmocratie et des syndicats, il n'y avait pas de rÈsistance mais simplement une abdication accompagnÈe de protestations verbales pour sauver la face. Et mÍme cela ne vint que dans le sillage du refus d'Hitler d'incorporer ces institutions dans leur forme traditionnelle et avec leurs chefs "expÈrimentÈs", dans l'ordre des choses fascistes. La "rÈsistance" de la part du parti communiste ne fut pas non plus une rÈsistance ý la guerre et au fascisme comme tels, mais seulement dans la mesure o˜ ils Ètaient dirigÈs contre la Russie. Si les organisations ouvriËres en Allemagne furent empÍchÈes de prendre parti pour leur bourgeoisie, dans toutes les autres nations elles le firent sans discussion et sans lutte.

Une seconde fois dans sa vie, l'exilÈ Otto Ruhle eut ý dÈcider quel parti prendre dans le nouveau conflit mondial. Cette fois, cela paraissait dans une certaine mesure, plus difficile parce que le totalitarisme cohÈrent d'Hitler se proposait de prÈvenir une rÈpÈtition des journÈes d'hÈsitation du libÈralisme pendant la derniËre guerre mondiale. Cette situation permit ý la seconde guerre mondiale de se dÈguiser en une lutte entre la dÈmocratie et le fascisme et procura aux socialistes chauvins de meilleures excuses. Les chefs ouvriers exilÈs purent signaler les diffÈrences politiques entre ces deux formes de systËme capitaliste quoiqu'ils fussent incapables de nier la nature capitaliste de leur nouvelle patrie. La thÈorie du moindre mal servit ý rendre plausible la raison pour laquelle on devait dÈfendre les dÈmocraties contre l'expansion plus large du fascisme. Ruhle, cependant, maintint son opposition de 1914. Pour lui, "l'ennemi Ètait encore chez soi", dans les dÈmocraties comme dans les Etats fascistes ; le prolÈtariat ne pouvait, ou plutÙt ne devait prendre parti pour aucun d'eux, mais s'opposer aux deux avec une ardeur Ègale. Ruhle fit ressortir que tous les arguments politiques, idÈologiques, raciaux et psychologiques proposÈs pour la dÈfense d'une position favorable ý la guerre ne pouvaient pas cacher rÈellement les motifs capitalistes de la guerre : la lutte pour des profits entre les rivaux capitalistes. Dans des lettres et dans des articles, il rappela toutes les consÈquences impliquÈes dans les lois du dÈveloppement capitaliste, telles qu'elles ont ÈtÈ Ètablies par Marx, pour combattre le non sens de 1'"anti-fascisme" populaire qui ne pouvait que h’ter le processus de "fascisation" du capitalisme mondial.

Pour Ruhle, fascisme et capitalisme d'Etat n'Ètaient pas des inventions de politiciens corrompus, mais la consÈquence du processus capitaliste de la concentration et de la centralisation par lesquelles se manifeste l'accumulation du capital. Le rapport de classe dans la production capitaliste est assailli par maintes contradictions insolubles. Ruhle vit que la principale contradiction rÈside dans le fait que l'accumulation capitaliste signifie aussi une tendance ý la baisse du taux du profit. Cette tendance ne peut Ítre combattue que par une accumulation plus rapide du capital - qui implique une augmentation de l'exploitation. Mais en dÈpit du fait que l'exploitation augmente en rapport avec le taux d'accumulation nÈcessaire pour Èviter les crises et les dÈpressions, les profits continuent ý prÈsenter une tendance ý la baisse. Pendant les dÈpressions, le Capital se rÈorganise pour permettre une nouvelle pÈriode d'expansion du Capital. Si nationalement la crise implique la destruction du capital le plus faible et la concentration du capital par les moyens ordinaires des affaires, internationalement, cette rÈorganisation exige finalement la guerre. Cela signifie la destruction des nations capitalistes les plus faibles en faveur des impÈrialismes victorieux pour opÈrer une nouvelle expansion du capital et sa concentration et sa centralisation plus poussÈe. Chaque crise capitaliste -ý ce niveau de l'accumulation du capital - englobe le monde ; de la mÍme faÁon chaque guerre est immÈdiatement d'une envergure mondiale. Ce ne sont pas des nations particuliËres mais la totalitÈ du mouvement capitaliste qui est responsable de la guerre et de la crise. C'est lui, comme l'a vu Ruhle qui est l'ennemi, et il est partout.

AssurÈment, Ruhle ne doutait pas que le totalitarisme Ètait pire pour les ouvriers que la dÈmocratie bourgeoise. Il avait luttÈ contre le totalitarisme russe depuis son commencement. Il luttait contre le fascisme allemand, mais il ne pouvait pas lutter au nom de la dÈmocratie bourgeoise, parce qu'il savait que les lois particuliËres de dÈveloppement de la production capitaliste transformeraient tÙt ou tard la dÈmocratie bourgeoise en fascisme et en capitalisme d'Etat. Combattre le totalitarisme revenait ý s'opposer au capitalisme sous toutes ses formes. "Le Capitalisme privÈ, a-t-il Ècrit, "et avec lui la dÈmocratie qui est en train d'essayer de le sauver, sont dÈsuets et suivent le chemin de toutes les choses mortelles. Le Capitalisme d'Etat et avec lui le fascisme qui lui prÈpare les voies sont en train de grandir et de s'emparer du pouvoir. Le vieux a disparu pour toujours et aucun exorcisme n'agit contre le nouveau. Quelle que soit l'’pretÈ des tentatives que nous puissions faire pour ressusciter la dÈmocratie, tous les efforts seront sans effet. Tous les espoirs d'une victoire de la dÈmocratie sur le fascisme sont les illusions les plus grossiËres, toute croyance dans le retour de la dÈmocratie comme forme de gouvernement capitaliste n'a que la valeur d'une trahison adroite et d'une l’che auto-duperie. C'est le malheur du prolÈtariat que ses organisations pÈrimÈes basÈes sur une tactique opportuniste le mettent hors d'Ètat de se dÈfendre contre l'assaut du fascisme. Il a ainsi perdu sa propre position politique dans le corps politique au moment prÈsent. Il a cessÈ d'Ítre un facteur qui fait l'histoire ý l'Èpoque prÈsente. Il a ÈtÈ balayÈ sur le tas de fumier de l'histoire et pourrira dans le camp de la dÈmocratie aussi bien dans celui du fascisme, car la dÈmocratie d'aujourd'hui sera le fascisme de demain".

Quoique Ruhle fit face ý la deuxiËme guerre mondiale de faÁon aussi intransigeante qu'il avait fait face ý la premiËre, son attitude ý l'Ègard du mouvement ouvrier fut diffÈrente de celle de 1914. Cette fois, il ne pouvait s'empÍcher d'Ítre certain qu'aucune espÈrance ne pouvait naÓtre des misÈrables dÈbris du vieux mouvement ouvrier dans les nations dÈmocratiques encore pour le soulËvement final du prolÈtariat et sa dÈlivrance historique. Encore moins l'espÈrance pouvait-elle naÓtre des fragments minables de ces traditions de parti qui s'Ètaient dispersÈs et ÈparpillÈs dans l'Èmigration mondiale, ni des notions stÈrÈotypÈes des rÈvolutions passÈes, indÈpendamment du fait que l'on croit aux bienfaits de la violence ou bien ý une transition pacifique. Il ne regardait pas cependant sans espoir vers l'avenir. Il Ètait sšr que de nouvelles forces et de nouvelles impulsions animeraient les masses et les contraindraient ý faire leur propre histoire.

Les raisons de cette confiance Ètaient les mÍmes que celles qui convainquirent Ruhle du caractËre inÈvitable du dÈveloppement du capitalisme vers le fascisme et le capitalisme d'Ètat. Elles se basaient sur les contradictions insolubles inhÈrentes au systËme capitaliste de production. Tout comme la rÈorganisation du capital pendant la crise est en mÍme temps la prÈparation des crises plus profondes, de mÍme la guerre ne peut engendrer que des guerres plus larges et plus dÈvastatrices. L'anarchie capitaliste ne peut devenir que plus chaotique, sans Ègard ý toutes les tentatives de ses dÈfenseurs pour mettre de l'ordre dans son sein. Des parties toujours plus grandes du monde capitaliste seront dÈtruites de sorte que les groupes capitalistes les plus forts continuent l'accumulation. La misËre des masses mondiales ira en augmentant jusqu'ý ce que soit atteint un point de rupture et alors des soulËvements sociaux dÈtruiront le systËme meurtrier de la production capitaliste.

Ruhle Ètait aussi peu capable que tout autre ý ce moment lý de dÈterminer par quels moyens spÈcifiques le fascisme serait vaincu. Mais il Ètait certain que les mÈcanismes et la dynamique de la rÈvolution subiraient des changements fondamentaux. Dans l'auto expropriation et la prolÈtarisation de la bourgeoisie par la seconde guerre mondiale, dans le dÈpassement du nationalisme par la destruction des petits Etats, dans la politique mondiale capitaliste d'Etat basÈe sur les FÈdÈrations d'Etats, il ne voyait pas seulement le cÙtÈ immÈdiatement nÈgatif, mais aussi il voyait les aspects positifs: la fourniture de nouveaux points de dÈpart pour l'action anti-capitaliste. Jusqu'au jour de sa mort, il fut certain que la conception de classe Ètait destinÈe ý s'Ètendre jusqu'ý ce qu'elle alimente un intÈrÍt majoritaire en faveur du socialisme. Il regardait la lutte de classe comme devant se transformer de catÈgorie idÈologie abstraite en une catÈgorie Èconomique-pratique positive. Et il envisageait 1'Èlection des conseils d'usine dans le dÈveloppement de la dÈmocratie ouvriËre comme une rÈaction ý la terreur bureaucratique. Pour lui, le mouvement ouvrier n'Ètait pas mort, mais Ètait ý naÓtre dans les luttes sociales de l'avenir.

Si Ruhle, finalement, n'avait rien de plus ý offrir que "l'espoir" que l'avenir rÈsoudrait les problËmes que le vieux mouvement ouvrier n'avait pas rÈussi ý rÈsoudre, cet espoir ne sortait pas de la foi, mais de la connaissance, connaissance qui consistait ý reconnaÓtre les tendances sociales rÈelles. Cet espoir ne contient pas un guide touchant la faÁon d'accomplir la transformation sociale nÈcessaire. Il exigeait, toutefois, la rupture avec les activitÈs sans effet et les organisations sans espoir. Il exigeait la reconnaissance des raisons qui ont conduit ý la dÈsintÈgration du vieux mouvement ouvrier et la recherche des ÈlÈments qui marquent les limites des systËmes totalitaires dominants. Il exigeait une distinction affinÈe entre l'idÈologie et la rÈalitÈ, afin de dÈcouvrir dans cette derniËre les acteurs qui Èchappent ý la direction des organisations totalitaires.

Ce qu'il faut, beaucoup ou peu - pour transformer la sociÈtÈ - se dÈcouvre toujours exclusivement d'aprËs cet indice de fait. Mais le plateau de balance de la sociÈtÈ est dÈlicat, et particuliËrement sensible actuellement. Les plus puissantes contraintes sur les hommes sont vÈritablement faibles quand on les compare aux formidables contradictions qui dÈchirent le monde d'aujourd'hui. Otto Ruhle avait raison d'indiquer que les activitÈs qui feraient pencher le plateau de la balance sociale en faveur du socialisme ne seraient pas dÈcouvertes au moyen de mÈthodes liÈes aux activitÈs antÈrieures et aux organisations traditionnelles. Elles doivent Ítre ouvertes au sein des rapports sociaux changeants qui sont encore dÈterminÈs par la contradiction entre les rapports capitalistes de production et la direction dans laquelle les forces productives de la sociÈtÈ sont en mouvement. DÈcouvrir ces rapports, c'est ý dire reconnaÓtre la rÈvolution qui vient dans les rÈalitÈs d'aujourd'hui, sera la t’che de ceux qui continuent ý avancer dans l'esprit d'Otto Ruhle.

 

 

Paul MATTICK