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Questions sur Rmiblick

La réduction du temps de travail est devenu un thème à la mode. A un point tel qu’il faut le faire exprès pour ne pas rester perplexe : certains grands patrons, certains membres de l’actuelle majorité et le P.S. y sont favorables, mais surtout la CFDT (syndicat jaune : N. Notat " jouit " de 70 % de bonnes opinions chez les patrons ; plus que J. Gandois !!) en a fait son cheval de bataille.
Comme pendant " radicalo-libertaro-machin chose… " certains semblent avoir choisi de revendiquer un salaire social, encore appelé revenu garanti optimal ou bien revenu nécessaire garanti voir revenu décent…
Ainsi peut-on être surpris de voir des gens qui auparavant luttaient contre le travail et le salariat devenir à présent les promoteurs d’un salariat " social "… !!! Certes nous sommes des millions à vivre dans une précarité telle que l’établissement d’un salaire social qu’il soit " décent " (?), " optimal " (?) ou même égal au SMIC pourrait soulager nos affaires (du moins pendant un certain temps).
Certes, mais est-ce une raison pour développer un discours aussi dangereusement réducteur que la revendication d’un revenu garanti ? Car se contenter de mettre en avant une telle " solution ", c’est laisser entendre que celle-ci pourrait régler le problème de la misère. C’est cantonner le débat dans le cadre d’un aménagement de l’ordre établi et c’est occulter qu’on ne s’attaquera à la misère qu’en s’attaquant directement à sa véritable cause : el capitalisme.
En tout cas le sujet n’a pas fini de susciter des débats. Voilà donc une série de questions écrites en 1994, mais qui malheureusement restent d’actualité !
Salaire social, revenu garanti optimal, redistribution des miettes garantie, partage égalitaire des richesses… trouvez l’intrus !
Vous avez dit " optimal ", " décent " mais quel est le calibrage d’une miette " optimal " ou " décente ". Certains se voulant, sans doute, plus radicaux que les autres revendiquent 10 000 F ou 15 000 F (et ça ne semble pas être une boutade, sinon autant rajouter quelques zéros !).
Pourquoi pas hein ??… Mais en ressituant cela dans le contexte mondial, on a de quoi devenir dubitatif : avec les délocalisations, les emplois les moins qualifiés seront de plus en plus effectués par la main d’œuvre du tiers monde, surexploitée pour quelques francs par jour. Et si une des conséquences dans la logique capitaliste en est l’augmentation du chômage ici, une autre conséquence évidente est l’enrichissement de l’occident sur le dos de cette main d’œuvre bon marché ! De la même manière que depuis des siècles, la richesse des pays développés est en grande partie due au pillage de la force de travail et des ressources des pays pauvres.
Dans ces conditions, l’établissement d’un revenu garanti optimal en occident, ne peut-il pas être perçu comme un luxe de pays riche, pouvant se permettre d’acheter la paix sociale ici, grâce à la surexploitation du tiers monde ?
Les réponses à ce problème peuvent-elles être autres que globalisantes ?
Ne sont-elles pas, tout bonnement ignorées dans la simple revendication d’un revenu garanti optimal, alors que celui-ci est pourtant lié à ce problème ?
Cette revendication ne risque-t’elle pas de nous enfermer dans une schizophrénie euro-centrique et dans des contradictions insolubles ?
La revendication d’un salaire social versé par l’État ne suppose t’elle pas une acceptation de fait du salariat, de l’État et surtout de la " pertinence " du réformisme ? Pour le moins, ne présente-t’elle pas un risque d’intégration à la logique du système ? N’est-ce pas déjà se placer sur la voie de la négociation et d’un certain " réalisme " ?
Avec cette logique " réaliste ", comment ne pas être amené à faire des concessions tout aussi " réalistes ", du style un revenu garanti à 3 000 balles par mois ? Voir celles acceptées par C.A.S.H. qui à la fin des années 80 avait cossigné un appel pour un revenu minimum garanti stipulant que chaque bénéficiaire devrait s’engager à ne pas refuser plus de deux offres d’emploi sous peine d’être exclue de ce RMG !!!
Ne risque-t’on pas de voir le salaire social s’accompagner de contreparties telles que le fait de devoir accomplir des travaux d’intérêts généraux (ce que préconisent déjà certains). Mais surtout de voir la grande majorité des travailleurs approuver ces contreparties parce qu’ils auraient l’impression de supporter la charge de gens qui " se la coulent douce " en vivant " décemment " ?
Cette revendication n’entérine telle pas de fait une séparation entre travailleurs et galériens ?
En quoi est-elle plus subversive que celle réclamant 35 heures d’esclavage hebdomadaire ?
Réclamer une galère moins inconfortable ou un esclavage plus court : où est la différence ??
N’a t’on rien de mieux à proposer que l’une de ces deux " solutions " qui risquent bien d ‘être appliquées par l’État sans qu’on le lui impose ?
L’établissement d’un salaire se fera soit parce que l’État et le capitalisme y trouvent un intérêt direct (et là on doit commencer à se poser des questions !) soit à cause d’une trop forte pression sociale. Mais dans ce cas la mise en avant de la revendication d’un revenu garanti (qui somme toute ne serait pas dramatique pour le capitalisme) n’offrira telle pas, sur un plateau, une porte de sortie bon marché au pouvoir afin de démobiliser et diviser le mouvement social qui le menacerait ?
Doit-on accepter de risquer la pacification sociale contre l’octroi de quelques miettes fusent-elles optimales ??
L’État et le capital ne s’emploieraient-ils pas une fois cette pression retombée et leur pouvoir totalement rétabli à regrapiller ce qu’ils auraient lâché ?
N’ont-ils pas toujours trouvé moyen de reprendre d’une main ce qu’ils lâchaient de l’autre ? Le capitalisme n’a t’il pas l’habitude de tirer profit d’une manière ou d’une autre des réformes sociales qu’il a pu lâcher ?
Le salaire social ne risque-t’il pas de devenir un outil supplémentaire de contrôle et de pacification sociale pour l’État ?
Pourquoi se faire chier à prémacher le boulot des réformistes en réclamant des choses que de toute façon l’État et ces derniers s’empresseront de nous refourguer quand ça chauffera trop pour eux ?
Ne vaudrait-il pas mieux que les idées mises en avant par un mouvement social soient trop subversives pour être acceptables par le capitalisme et continuer d’augmenter la pression pour essayer d’en finir avec ce dernier ?
N’est-ce pas là la seule alternative à la misère ?
Et du calibrage des collabos de classe…
Par delà le salaire social, se pose la question de la capacité de la plupart des actions revendicatives et donc du syndicalisme classique, à changer fondamentalement l’ordre du monde.
Insister essentiellement sur des revendications catégorielles et réalisables et ne pas mettre en avant une remise en cause radicale du capitalisme, peut-il déboucher sur autre chose que sur un aménagement de ce dernier ?
Cela ne risque t-il pas, en définitive d’accréditer la thèse qu’il n’y aurait point de salut hors de ce système économique et de permettre à celui-ci de toujours plus sophistiquer son emprise idéologique ?
On nous présente souvent le revendicatif comme ayant l’avantage d’être plus à la portée des " masses " (sic) que ne pourraient l’être la critique radicale et l’action directe (ce qui es loin d’être démontré). mais n’y a t’il rien de mieux à faire que de prendre les gens pour des cons !
Ne faut-il pas d’abord se demander si ces " masses " ont des revendications réformistes avant de leur en imposer ?!
Qui aidera le plus un mouvement social à dépasser une logique d’aménagement du capitalisme ? Ceux qui auront inspiré cette dernière ou bien ceux qui en auront fait la critique ? Certes une analyse radicale incapable de sortir du salon où elle a été pondue, n’est pas plus susceptible d’ébranler ce vieux monde que ne le serait un mouvement réformiste fut-il de masses !
Mais n’y aurait-il plus aucun espoir de participer au développement d’un mouvement social large et rupturiste, porteur de critique radicale, de pratiques subversives et de menaces contre l’ordre établi ?
L’histoire est-elle à ce point figée ?
Penser qu’elle l’est, n’est-ce pas quelque part avoir déjà intégré le mode de pensée unique de l’idéologie dominante et sa fameuse théorie de " fin de l’histoire " ??!!

Un RMIste enthousiaste