L'Ètude ci-dessous fut publiÈe en premier lieu dans les cahiers Radencommunismus (nƒ 3, novembre 1938) d'Amsterdam. Son auteur, Henk Canne Meijer (1890-1962) ouvrier mÈtallurgiste devenu instituteur sur le tard, l'a ensuite adaptÈ en franÁais pour Internationalisme (nƒ 45, 1952) bulletin ronÈotÈ par un petit groupe de communistes de gauche ayant ÈvoluÈ ý partir du bordiguisme (la Sinistra communista italienne dans l'Èmigration). AprËs la mort de Canne Meijer, une version remaniÈe sur certains points (comme la prÈsente) par l'un de ses camarades parisiens parut dans les cahiers (ronÈotÈs) Informations Correspondance OuvriËre (no 42, aošt-septembre 1965) de Paris. Quelques annÈes auparavant, ces mÍmes cahiers avaient publiÈ un autre texte de Conne Meijer, relatif cette fois au Gruppe Intenationalen Kommunisten (G.l.K.) de Hollande, dont il avait ÈtÈ l'un des principaux animateurs. (...)

APER«U SUR L'HISTOIRE DES COMMUNISTES DE CONSEILS EN HOLLANDE
Dans le sillage du K.A.P.D. (Kommunistiche Arbeit´ Partei Deutschlands: Parti Communiste des Ouvriers d'Allemagne) se forma en Hollande le K.A.P.D. aprËs le 3Ëme congrËs de Moscou (1921). Aux alentours de 1923, il y eut en Allemagne une scission selon l'attitude adoptÈe en face du problËme de la < crise mortelle du capitalisme >. Cette scission se produisit Ègalement en Hollande. Sa signification rÈelle Ètait l'Ècroulement du K.A.P.D. et du K.A.P.D., bien que leurs cadavres ne fussent pas enterrÈs.
Aux environs de 1927, trois anciens membres du K.A.P.D., commenÁaient ý Èditer un z service de presse des Communistes Internationalistes > (nom choisi pour faire contraste au Communisme national de Staline) et ce groupe des < communistes internationalistes > travaillait en relation avec l'organisation allemande des < organisations d'Usines > (A.A.U. D., Allgemeine Arbeiter Union Deutschlands: Union GÈnÈrale des Ouvriers d'Allemagne). Cette derniËre organisation Èditait le travail du groupe des Communistes Internationalistes: Grundprinzipien Kommunisticher Produktion und Verteilung (Principes fondamentaux de la production et de la distribution communistes) qui Ètudiait les bases de l'association des producteurs libres et Ègaux (1931). A cette Èpoque, le groupe ne comptait guËre plus de dix personnes.
L'influence du groupe Ètait cependant plus grande qu'on pourrait le croire. Le bulletin Pers-materiaal (< service de presse >), distribuÈ gratuitement et entretenu par les contributions volontaires des lecteurs marchait trËs bien.
En tÍte des publications Ètaient imprimÈs les < principes > du groupe en quelques mots, ý savoir:
L'association des producteurs libres et Ègaux doit Ítre l'oeuvre des conseils ouvriers
Les partis, les syndicats, Ètaient rejetÈs et on disait que la lutte sous la forme des grËves sauvages annonÁait la nouvelle forme d'un nouveau mouvement ouvrier.
Le groupe des Communistes Internationalistes incitait les rÈvolutionnaires ý former autant que possible des groupes par eux-mÍmes, pour propager ces idÈes gÈnÈrales, en connexion ou pas avec le groupe des Communistes Internationalistes d'Amsterdam. De tels groupes se formËrent rÈellement et ÈditËrent leurs matÈriaux sous leur propre responsabilitÈ. Pour tous ces groupes les Èditions du groupe de Communistes Internationalistes d'Amsterdam servaient de lien. Le groupe des Communistes Internationalistes n'avait pas de statuts, pas de cotisations obligatoires et ses rÈunions internes Ètaient ouvertes ý tous les autres camarades des autres groupes. Il s'ensuit qu'on ne connut jamais le nombre exact de membres que comptait le groupe. Il n'y avait jamais de vote, cette opÈration n'Ètait pas nÈcessaire, car il ne s'agissait jamais de faire une politique de parti. On discutait un problËme et quand i y avait une diffÈrence d'opinion importante, les divers points de vue Ètaient imprimÈs, sans plus. Une dÈcision ý la majoritÈ Ètait sans signification. C'Ètait ý la classe ouvriËre de dÈcider.
Les autres groupes travaillaient < dans la rue >, aux locaux des chÙmeurs et dans quelques usines. Quand il y avait une grËve sauvage, les grÈvistes faisaient souvent faire des tracts par les groupes, ceux-ci les rÈalisaient, mÍme s'ils n'Ètaient pas absolument d'accord avec leur contenu.
Outre la rÈÈdition de certaines brochures d'Anton Pannekoek (Re1igion und Marxismus et Ethik und Sozialismus), le G.I.K. entreprit de publier son LÈnine philosophe (dans les cahiers < Spartacus >). Le groupe publiait en langue allemande les pÈriodiques Rotekorrespondenz (o˜ figurent aussi des contributions de camarades extÈrieur au G.I.K. proprement dit: Karl Korsch, Paul Mattick, Helmut Sagner, etc...) et internationaler Beobachter qui poursuivait la ligne du Pressedienst. Une fois par mois paraissaient en hollandais les 32 pages du Arbeitersraad (< Arbeit errat >), tirÈ ý 800 exemplaires, suivi de Radencommunismus (Ratekommunismus), et Klas Batalo ( Klassenkamof ) en espÈranto. Les autres groupes Èditaient Ègalement des brochures et des tracts mais pour < la rue >, souvent ý plus de 1.000 exemplaires. Toutes ces publications Ètaient ronÈotÈes. Toutes ces choses peuvent paraÓtre sans grande valeur ý l'Èchelle de la sociÈtÈ, mais il y avait en tout cas une base de travail commune.
En 1940, toute activitÈ cessa.
Cette forme d'organisation Ètait possible et fonctionnait trËs bien d'abord parce que le mouvement Ètait surtout ý Amsterdam. Ce qui se serait passÈ au cas o˜ de tels groupes se fussent Ètendus ý tout le pays, nous ne pouvons le savoir, mais en tout cas ce problËme ne fut jamais ý l'ordre du jour des groupes hollandais.
Il m'est impossible de comparer les conditions de travail des groupes en Hollande et en France. On doit cependant se laisser guider par la nÈcessitÈ de laisser travailler ensemble diverses opinions sur une base gÈnÈrale commune, et ceci justement parce qu'on n'est pas un parti. Il en est de mÍme pour les Conseils. Dans une grËve sauvage par exemple, il y a des ouvriers < neutres >, social-dÈmocrates, protestants, catholiques, etc... et le travail se fait sur une base gÈnÈrale. Dans les groupes se trouvent seulement des rÈvolutionnaires unis sur une mÍme base gÈnÈrale: faire ensemble une analyse de la sociÈtÈ et une propagande pour les conseils.
Cette base est assez large pour permettre diverses opinions sur les diffÈrents problËmes. Il n'est pas nÈcessaire de cacher cela, au contraire. Montrer publiquement les diffÈrences, en restant ensemble, et sans s'en f’cher, telle est la meilleure mÈthode pour clarifier la conscience.